Conseils de lecture

Frictions
18,00
par (Libraire)
12 février 2016

Si vous êtes un fervent admirateur de Borges, vous aurez sans aucun doute saisi le clin d'oeil du titre de ce recueil de nouvelles envers le fameux auteur argentin. A l'origine de ce titre : une anecdote ! Lors de la publication française de Fictions, une erreur se serait glissée dans un catalogue gallimard et Fictions serait devenu Frictions... Quoiqu'il en soit, il est indéniable que l'influence de Borges est palpable. Celles aussi de Pérec ou encore de Queneau, et plus largement des auteurs de littérature oulipienne. Mais si ces influences sont revendiquées, ce qui frappe surtout à la lecture de FrICTIONS, c'est l'incroyable fraîcheur qui s'en dégage. Nous voilà embarqués dans une série de nouvelles plus réjouissantes les une que les autres, elles nous font rire, nous font réfléchir, nous interpellent, nous laissent souvent songeurs... Cet homme qui se demande s'il a été enterré vivant ou s'il peut penser après la mort, celui qui ne reconnaît pas son reflet, ou cet autre encore qui nait avec des crayons à la place des doigts ! Articulé en trois parties : « frôlements », « caresses » et « étreintes », ce recueil est un régal, il se déguste ; mais attention, y goûter c'est prendre le risque de le dévorer... Alors allez-y, plongez avec délice dans l'univers débridé et ensorcelant de Pablo Martin Sanchez, vous ne serez pas déçu !


L'ombre de nos nuits

Les Éditions Noir sur Blanc

15,00
par (Libraire)
14 janvier 2016

« Comment un peintre aborde-t-il un sujet ? Comme un nouvel amour ? Collision frontale ou lente infusion ? La claque ou la pieuvre ? Le choc ou la capillarité ? Plein soleil ou clair-obscur ? Toi, tu m'avais éblouie. Ensuite, je me suis aveuglée. » [p135]

Alors qu'en 1639, Georges de la Tour est sur le point de peindre son fameux Saint Sébastien soigné par Irène ; en 2014, à Rouen, une femme tombe en admiration devant le tableau, et se remémore alors une histoire d'amour dévorante dont elle ne s'est pas encore remise.
En entremêlant les époques et les personnages, Gaëlle Josse nous permet de découvrir l'atelier du peintre, les affres et les joies de la création artistique, la fièvre qui accompagne les nouvelles idées, la douleur dans les poignets, le froid qui s'insinue dans les membres à force de rester immobile... Et au détour d'une page, nous retrouvons notre époque contemporaine et frissonnons en entendant l'histoire de cette jeune femme, profondément amoureuse d'un homme perturbé, qui connaît les déceptions et les blessures des amours avortées...
Par la musicalité de son style, à la fois sobre et poétique, Gaëlle Josse parvient à nous ensorceler, à nous attirer inexorablement sur les chemins qu'elle a tracés, nous faisant vivre et ressentir les passions qui animent ses personnages ! Sa plume, subtile et tout en nuances, donne toute son ampleur à cette histoire envoûtante !


Neverhome

Actes Sud

22,00
par (Libraire)
4 novembre 2015

C'est un épisode peu connu de la guerre de sécession que nous raconte Laird Hunt dans Neverhome. Il nous présente un personnage hors du commun : une femme, Constance, qui se travesti en homme pour participer à la guerre. Si l'histoire est totalement fictive, la participation de femmes aux combats, tant dans l'armée de l'Union que dans celle des rebelles, est néanmoins un fait avéré... Par conviction, par désir d'aventure, par nécessité ; les motivations de ces femmes étaient nombreuses. Constance, quant à elle, devenue Ash Thompson, est bien décidée à participer aux combats pour la fin de l'esclavage ; bien plus forte et endurante que son mari, c'est elle qui ira se battre.
Mais Neverhome n'est pas seulement un récit historique sur la guerre, c'est un roman d'une profondeur impressionnante qui nous embarque aux côté de cette femme extraordinaire, qui traverse de nombreuses épreuves, qui connaît d'atroces souffrances, et qui n'a de cesse de chercher sa place... Et quand enfin elle la trouve, quand enfin, elle peut sereinement envisager de rentrer chez elle, auprès de son mari, c'est là qu'elle connaîtra le plus terrible des drames...
Un roman effrayant, troublant, superbement écrit, qui bouleverse et marque durablement !


Juste avant l'oubli, prix Renaudot des lycéens
19,00
par (Libraire)
14 octobre 2015

Le personnage central de ce roman est peut-être, contre toute attente, cette île écossaise étrange, perdue dans les Hébrides, qui fut sans cesse abandonnée par ses habitants. C'est en effet sur cette île, Mirhalay, qu'un célèbre auteur de polars, Galwin Donnell, s'est réfugié après son divorce pour vivre en totale solitude. Là, il continua d'écrire pendant 20 ans, avant de disparaître mystérieusement... Accident, suicide, on retrouva ses affaires au bord d'une falaise et son dernier roman, inachevé, dans sa chambre ! Bien des années plus tard apparaissent les deux autres personnages du triangle amoureux au cœur de ce formidable roman d'Alice Zeniter. Émilie, qui travaille à une thèse sur Donnell, et Franck, son compagnon depuis huit ans, qui ne peut s'empêcher de jalouser l'homme mort qui occupe tant de place dans la vie de celle qu'il aimerait épouser...
Lorsque Franck et Émilie se retrouve à Mirhalay, la jeune thésarde est chargée d'organiser les journées d'études sur Galwin Donnell qui rassemblent la fine fleur des spécialistes de l'œuvre du romancier. Mais quand tout se beau monde se retrouve sur l'île, rien ne se passe comme prévu... Entre un gardien désabusé et réfractaire, des intervenants qui se chamaillent, une tempête qui coupe l'île du reste du monde et des révélations sur les derniers instants de la vie de Donnell, Émilie a beaucoup à gérer.
Alice Zeniter joue avec brio avec tous les codes littéraires : codes du roman noir, codes de la pure fiction... Elle nous entraîne sur les pas de ce romancier fictif et nous livre une histoire de triangle amoureux des plus détonants, tout en transformant peu à peu son texte en roman noir, digne de Donnell lui-même !


Alcoolique

Monsieur Toussaint Louverture

par (Libraire)
14 octobre 2015

Lorsque l'on découvre Alcoolique, on se sent tout à coup saisi d'une irrésistible envie d'attraper le livre, de le palper, de le retourner dans tous les sens, et finalement, de le feuilleter, évidemment ! Parce que l'objet est splendide, comme toujours avec les éditions Monsieur Toussaint Louverture : une couverture cartonnée épaisse, un papier bouffant des plus agréables au toucher, et un travail graphique sublime, en noir et blanc intenses, parsemé de jeux d'ombre et de lumière...
Mais l'ouvrage n'est pas seulement beau à regarder, il est aussi passionnant à lire ! Nous voilà plongé dans la vie de Jonathan A, auteur américain d'une quarantaine d'années (d'aucuns y verront l'auteur en personne), que l'on rencontre alors qu'il se trouve dans une voiture, en compagnie d'une très vieille bonne femme qui est sur le point de le déshabiller et de lui sauter dessus... Comment en est-il arrivé là ? Voilà la question à 100 000 dollars ! Et Jonathan lui-même se la pose, nous embarquant dans le récit de sa vie ; de ses premières cuites à ses chagrins d'amour, en passant par les drames de son existence. Et en toile de fond, ce problème avec l'alcool ; cet alcool qui rend cool et un peu plus beau parfois mais qui s'emploie surtout à détruire celui qui ne peut s'en passer...
Pour la première fois MTL se lance dans le roman graphique, et le pari est plus que réussi ! BD splendide, à l'histoire parfois drôle, souvent poignante, triste aussi quelques fois; l'histoire d'un homme, ou de tous les hommes peut-être, une histoire pleine d'auto-dérision, nous laissant émotionnellement ébranlé et profondément touché !