Jean T.

https://lecturesdereves.wordpress.com/

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Conversations après le 7 octobre

Grasset

16,00
Conseillé par (Libraire)
26 avril 2024

Le 24 septembre 2023, Delphine Horvilleur prononçait un sermon de Kippour très politique. Elle alertait ses auditeurs sur le "danger que court Israël chaque fois qu’il se sent infaillible", tout-puissant. Elle dénonçait un gouvernement arrogant, cultivant l'hubris, cherchant la force et la puissance. Elle craignait même que son sentiment d'invincibilité ne mette en danger l'existence de l'État. Le 7 octobre, un pogrom mené par le Hamas déclenchait la guerre.
Le massacre du 7 octobre a réveillé ses peurs, ses fantômes. Elle s'est retrouvée atterrée, sans voix, inquiète, ayant du mal à dormir la nuit.
Elle mène dix conversations réelles ou imaginaires avec ses grands-parents morts dans les camps, parle avec Claude François de l'antisémitisme, "ça s'en va et ça revient", avec Rose atteinte d'une maladie rare, avec ses enfants pour qui elle a très peur, s'adresse au Messie qui tarde tant à venir...
Elle s'interroge sur ce que réveille l'attaque du Hamas en elle et chez tous les Juifs. Elle veut comprendre, elle est sidérée qu'on puisse dire "des femmes israéliennes ont été violées... oui mais…" et chercher ainsi des excuses à la violence antisémite.
Delphine Horvilleur manie très bien le "pilpoul", une gymnastique intellectuelle talmudique qui lui fait aller d'un texte sacré à un article de presse, d'une blague juive à une réflexion philosophique, du sacré au profane.
De cette rabbin passionnée par la judéité, on aurait pu craindre qu'elle minimise la question palestinienne, la souffrance des Palestiniens, la colonisation. Il n'en est rien, elle dénonce l'irresponsabilité politique du gouvernement israélien, elle pleure tout autant les morts palestiniens et juifs. Elle espère que les deuils des Palestiniens et des Israéliens permettront qu'advienne une paix durable : ""Avec tant d’autres, je cherche les mots, ceux qui diraient vraiment aux Palestiniens ET aux Israéliens que jamais leur douleur ne me laissera indifférente, que l’on peut et l’on doit pleurer avec les uns ET les autres."
Delphine Horvilleur a choisi de débuter son livre avec un poème du poète palestinien Mahmoud Darwich, et de l'achever avec un texte de de réflexion du poète israélien Yehuda Amichaï, une réunion qu'on aimerait voir exister sous une autre forme dans la vie ordinaire du monde.

Conseillé par (Libraire)
28 mars 2024

Odile Snout a cuisiné pour fêter l'anniversaire de son époux. Avec ses deux enfants, elle attend Hervé. Les heures passent, il n'arrive pas. Les jours suivants, ce directeur d'abattoir est introuvable. La gendarmerie n'est pas inquiète, il finira bien par rentrer. Mais non, il a disparu. Pour un directeur d'abattoir qui se vante qu'on peut suivre ses viandes "de la fourche à la fourchette", c'est un comble ! Le couple n'allait pas bien, le lieutenant de gendarmerie pense qu'il est parti en voir une autre. Les enfants sont peu inquiets. Le fils est un viandard qui pense d'abord à lui, Tara, la fille, est une végétarienne qui pratique la course de façon intensive pour se donner le temps de penser.

Mais l'homme, qui est-il ? Un époux peu intéressant, un homme autoritaire, violent, un mauvais patron pour ses employés, une brute qui "était le maître du muscle comestible, du muscle de l’autre exploité, du muscle au service de l’humanité."
On ne peut rien dévoiler de sa disparition sans raconter les faits. Nous ne dirons donc rien de l'intrigue de ce roman très noir. L'auteur nous embarque dans l'enquête qu'il mène, cherchant dans les recoins de l'abattoir, les chambres des enfants, ce que disent les ouvriers, suspecte l'un ou l'autre. Chaque chapitre est titré par un lieu et une date ainsi que du temps qui sépare le moment de la disparition. À la fin, on comprendra que cette disparition ne sera jamais résolue.
C'est un roman glacial sur la dégradation d'un couple et d'une famille. Mais c'est surtout une mise en lumière du travail dans un abattoir, de l'abrutissement des hommes qui glissent vers la sauvagerie, de la condition des animaux qui sont violemment mis en pièces. L'abattoir est un lieu discret, d'où rien ne filtre, à la lecture, on comprend pourquoi.

Conseillé par (Libraire)
28 mars 2024

Odile Snout a cuisiné pour fêter l'anniversaire de son époux. Avec ses deux enfants, elle attend Hervé. Les heures passent, il n'arrive pas. Les jours suivants, ce directeur d'abattoir est introuvable. La gendarmerie n'est pas inquiète, il finira bien par rentrer. Mais non, il a disparu. Pour un directeur d'abattoir qui se vante qu'on peut suivre ses viandes "de la fourche à la fourchette", c'est un comble ! Le couple n'allait pas bien, le lieutenant de gendarmerie pense qu'il est parti en voir une autre. Les enfants sont peu inquiets. Le fils est un viandard qui pense d'abord à lui, Tara, la fille, est une végétarienne qui pratique la course de façon intensive pour se donner le temps de penser.
Mais l'homme, qui est-il ? Un époux peu intéressant, un homme autoritaire, violent, un mauvais patron pour ses employés, une brute qui "était le maître du muscle comestible, du muscle de l’autre exploité, du muscle au service de l’humanité."
On ne peut rien dévoiler de sa disparition sans raconter les faits. Nous ne dirons donc rien de l'intrigue de ce roman très noir. L'auteur nous embarque dans l'enquête qu'il mène, cherchant dans les recoins de l'abattoir, les chambres des enfants, ce que disent les ouvriers, suspecte l'un ou l'autre. Chaque chapitre est titré par un lieu et une date ainsi que du temps qui sépare le moment de la disparition. À la fin, on comprendra que cette disparition ne sera jamais résolue.
C'est un roman glacial sur la dégradation d'un couple et d'une famille. Mais c'est surtout une mise en lumière du travail dans un abattoir, de l'abrutissement des hommes qui glissent vers la sauvagerie, de la condition des animaux qui sont violemment mis en pièces. L'abattoir est un lieu discret, d'où rien ne filtre, à la lecture, on comprend pourquoi.

Conseillé par (Libraire)
16 mars 2024

Au milieu du 19ème siècle, Mercator, Nicholas et Michael Fleming ont hérité d'un baleiner à la mort de leur père, le Freedom. Ils appartiennent à une famille de chasseurs de baleines de l'île de Nantucket. Un violent incendie du port de l'île les met dans une situation difficile. Ne pouvant rembourser des dettes, Mercator convainc ses frères de former un équipage et de partir chercher de l'or en Californie. Le voyage dure six mois, par le cap Horn, New-York, Valparaiso. Hélas, ils découvre qu'ils ne sont pas les seuls à rêver de faire fortune avec l'or des rivières ! Mercator comprend vite qu'il peut faire fortune avec le commerce du bois, surtout des grands séquoias.

Michel Moutot nous offre un roman de mer et d'aventures qui commence par une chasse à la baleine et se poursuit par la carrière d'un capitaine qui sent comment tourne le vent et trouve la fortune dans le commerce du bois.
Les rebondissements sont nombreux, avec des risques de faillites ou e naufrage, des tempêtes, des brigands, des conflits entre frères, des pirates, des indiens Miwocks, de fortes relations d'amitié, une grande histoire d'amour, un port boueux en construction, la grandeur des forêts de séquoias. Sans oublier Mercator Flemming, ce petit capitaine qui va devenir un héros riche et puissant.
Le roman est captivant, Michel Moutot sait y faire pour entraîner le lecteur dans les pas d'un Mercator visionnaire, pour adopter sa démarche d'homme participant à la construction d'un nouveau monde, pour nous faire vivre chaque scène comme si on y était. C'est un grand et beau livre, bien écrit, respectant l'histoire.
Un siècle et demi plus tard, le lecteur sait ce qu'ont produit la soif de l'or, les chasses mercantiles à la baleine, les forêts exploitées jusqu'à leur destruction, les rivières polluées, les tribus indiennes asservies ou massacrées. Le monde nouveau de Mercator avait son revers qu'il ne connaissait pas.
Que ceci n'empêche aucun lecteur de se plonger dans ce grand et beau roman d'aventures !

Flammarion

21,00
Conseillé par (Libraire)
8 mars 2024

Bart travaillait à Pôle Emploi, au suivi des dossiers. Après un licenciement dû à une contraction d'effectifs, ce discret employé consciencieux et loyal organise sa disparition et se terre dans une cité judiciaire où il va pouvoir observer la justice afin de savoir si elle existe vraiment, et "vérifier que la justice est juste".

Joy Sorman s’est immergée dans le tribunal de Paris, 17e arrondissement. Elle l'a exploré de haut en bas et a surtout assisté à de nombreuses audiences, dans différentes chambres, pour savoir et comprendre comment est rendue la justice.
Bart loge dans un faux plafond où il sèche son linge, se lave dans les toilettes, se nourrit de gâteaux à la cafeteria.
Il quitte pas le palais. Lui qu'on a effacé des effectifs de Pôle emploi s'exclut, se fait clandestin, "dans l’immobilité du palais de justice, Bart s’est emmuré".
Il assiste aux audiences dans diverses chambres, "la 10e – pénal général après instruction", "la 16e chambre – infractions liées au terrorisme", "la 15e, mineurs et affaires familiales", "la 23e chambre : comparutions immédiates"… Il observe les personnes, juges et prévenus, écoute les accusations et les plaidoiries des avocats, les réquisitions de l'avocat général. Il s'étonne que chaque jugement se termine de la même façon, l'accusé est jugé coupable et condamné. Il voit des prévenus "qui n'ont pas les codes", qui ne parlent pas la langue des juges, "des juges appliquer la loi plutôt que rendre la justice, (...) des juges sourds au sentiment de justice". "Si les juges écoutaient leurs sentiments, on les verrait blêmes et tremblants au moment de prononcer la sentence, devenue incertaine, faillible". Il relève la plaidoirie d'une avocate qui affirme que la peine est "une folie qui asservit la justice à la prison, en fait sa subordonnée, contrainte de justifier et de couvrir les années d’incarcération." comme s'il n'y avait pas de peines alternatives.
Peu à peu, Bart cesse de "croire en la responsabilité individuelle", il a le sentiment que la présence d'un accusé est "un effet de tout ce qui est arrivé, une succession d’événements délétères", que nous sommes tous reliés dans ce qu'on nomme société, que nous sommes "tous victimes et complices, tous coupables", des petites gens brisés par la mécanique implacable du tribunal.
Le Bart de Joy Sorman, et elle-même, ne croit pas en la barrière qui sépare les prévenus de ceux qui les jugent et de ceux qui assistent aux audiences. Lui qui ne dit rien, qui ne fait qu'assister sans réagir révèle que la justice est injuste.