Jean T.

https://lecturesdereves.wordpress.com/

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16,50
Conseillé par (Libraire)
8 février 2023

Dans le Cantal, au bord de la rivière Santoire, en 1967. Une femme dont on ne saura jamais le prénom raconte sa vie dans une belle ferme, avec du personnel, produisant du Saint-Nectaire. On comprend que cette femme qui vit là depuis huit ans, est violentée par son mari. C'est une paysanne, fille de paysans, qui s'est ancrée dans un lieu isolé en altitude où elle a acheté une ferme avec son mari. Âgée d'à peine trente ans, elle est mère de deux filles et d'un garçon. Il faut bien comprendre qu'elle est chez elle, dans ce lieu choisi, attachée à la terre comme tant d'autres paysans. Elle n'en peut plus des violences de son époux qui l'épuisent. Se séparer pour se protéger et protéger ses enfants l'obligerait à s'arracher à cette ferme, à fuir la stabilité matérielle. Lors d'une visite mensuelle à sa famille maternelle, la réalité de sa situation s'impose à elle et sa vie bascule.

Dans la seconde partie, en 1974, les propos du mari confirment ce qu'on avait deviné au début du livre de son ambition, de sa fierté et de son mépris vis-à-vis de son épouse. Dans la dernière partie du livre, en 2021, une des filles revient sur les lieux, pour la vente de la ferme paternelle, dans laquelle elle en rentre pas, fermant ainsi l'accès à l'une des sources de l'histoire de cette famille..
Ce roman intense qui parle de la violence familiale dans la solitude d'une ferme coupée du monde. L'autrice a choisi comme titre "Les Sources" plutôt que "Les racines" parce que pour chacun, la vie coule différemment, ce qui est le cas pour chacun des personnages. Les trois parties sont écrites à la manière des personnages : une liste de violences et d'occupation pour la femme qui se noie, le point de vue introspectif du mari qui s'autojustifie, la fille qui vient mettre un terme à cette histoire.
Plus que très beau roman, superbe roman.

Conseillé par (Libraire)
4 février 2023

Une rareté...

Si j'avais eu le temps, j'aurais lu ce livre d'un seul trait. J'ai été impressionné par la simplicité et la limpidité de l'analyse de questions aussi actuelles que celles de la justice, de la légitimité de la torture, de la valeur de la vie humaine, de savoir à qui appartient l'enfant d'une mère porteuse, du droit d'ingérence, des limites à l'aide apportée au prochain... Tout ceci en utilisant les cas de conscience qu'offre la fiction littéraire. Ne croyez pas que cet essai de philosophie morale est un pavé indigeste. Au contraire, il se lit comme un roman -voire même comme un roman policier.
Ecrit d'un façon très fluide, l'ouvrage se lit avec un intérêt qui ne faiblit pas. Et comme il traite de questions actuelles, il serait bon de le lire sans attendre.

20,00
Conseillé par (Libraire)
27 janvier 2023

Brigitte Giraud revient sur cette journée de 1999 qui a coûté la vie à son mari Claude, mort d'un accident d'une moto trop puissante. Le couple vient d'acquérir une maison pour y vivre leurs passions de la musique et de l'écriture, et avec leur jeune fils. Claude n'y aura passé quelques heures.

Un peu plus de vingt ans après, l'autrice revient sur ces actes et moments d'une grande banalité, ces petits riens qui auraient fait que l'histoire aurait été toute autre. "Si nous n’avions pas eu les clés de la maison à l’avance", "Si mon frère n’y avait pas garé sa moto pendant sa semaine de vacances", "Si j’avais téléphoné à Claude le 21 juin au soir…","S’il avait plu". Une exploration qui ne sert à rien, sinon à se prouver que l'on n'est pas maudit des dieux, que le destin est imprévisible, que tout aurait pu être autrement. Se prouver aussi qu'on n'est pas l'unique maître de sa vie, "Quand un drame surgit, on veut comprendre comment on devient un chiffre dans des statistiques, une virgule dans le grand tout. Alors qu’on se croyait unique et immortel."
Alors qu'elle va rendre les clefs de cette maison qui va être détruite pour laisser la place à un immeuble, revenir sur le passé d'une façon implacable et obsessionnelle est aussi une façon de mettre fin à un deuil.
De nombreuses petites touches font de ce roman intimiste la chronique d'une époque par la citation de groupes de musique (dont Dirge de Death in Vegas que j'écoute en rédigeant cette note) et l'évocation du métier de l'autrice. Elles concourent à ajouter du caractère concret au récit.
Ce récit – émouvant - d'un accident mortel aurait pu être pesant. Il en ressort une forme de douceur, un apaisement et la certitude que l'autrice a vécu un grand amour qui ne semble pas éteint.

Conseillé par (Libraire)
12 janvier 2023

Les thématiques de cet ouvrage documentaire sont centrées sur le dérèglement climatique et de la protection du climat. Souvent, en présentant des ouvrages, on dit "ouvrage indispensable", "incontournable", "à lire absolument et sans attendre". Même si on sait que l’impact de la prescription sera faible.

C’est pourtant ce qu’on doit dire : "Si vous ne pouvez pas lire les rapports du GIEC, lisez ce livre" qui est le fruit de la collaboration de plus de cent experts, chercheurs et journalistes scientifiques de renommée internationale. Ces contributions sont réparties dans cinq sections introduites par Greta Thunberg : le fonctionnement du climat et le changement de la planète ; comment cela nous affecte ; en quoi les évolutions de la planète relèvent de nos actes ; qu’avons-nous fait pour les produire ; maintenant, que devons-nous faire pour éviter la catastrophe.
Comprendre la crise climatique est complexe. En ressentir tous les effets est impossible, sauf peut-être pour de grands et incessants voyageurs. La lecture de la presse ne peut qu’offrir des éclairages ponctuels. Le mérite de l’ouvrage est de balayer tout le champ scientifique de l’environnement  : la géophysique, l’histoire du climat, la météorologie , la biologie, l’hydrologie, et aussi les mathématiques, l’économie, la sociologie, la politique.
La lecture de l’ouvrage montre, s’il en est besoin, qu’il ne suffira pas de trier ses déchets et de circuler à vélo pour faire une action climatique efficace. Il existe plein de domaines où nous devons réduire les émissions de CO², habitants d’un pays riche et développé, nous devrons les réduire plus que d’autres. Il nous faut admettre l’injustice climatique qui fait que les pays les plus pauvres et les moins polluants subissent les effets d’une crise due aux progrès techniques que nous avons mis en œuvre et au confort que nous exigeons.
Alors que faire ? Il n'y a pas de recette magique. Les auteurs insistent sur l'information scientifique que chacun doit acquérir, avec l'aide des médias qui ne doivent pas raconter n'importe quoi, pour savoir vers quoi se dirige l'humanité. Sur une vision globale du monde, car la crise climatique ne peut être résolue sans régler aussi les crises économiques, de l'emploi, de l'usage des ressources naturelles, sans pratiquer la justice climatique et énergétique avec les peuples les plus pauvres qui ont le moins contribué à la pollution de l'atmosphère. Sur l'obligation "de détacher les combustibles fossiles de notre énergie, notre agriculture, nos moyens de transports aussi rapidement qu'il est humainement possible".
Au terme de ces 448 pages, on aura mieux compris ce qu'est la crise climatique et l'ampleur du défi à relever, un défi trop sous-estimé et méconnu. Greta Thunberg et les experts de ce livre didactique nous rappellent notre responsabilité dans la lutte climatique, car "On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas"...

9,20
Conseillé par (Libraire)
9 janvier 2023

L’histoire se passe en 1984 à Londres, dans l’Océania, une des trois parties du monde tout entier soumis à des régimes totalitaires. Le narrateur, Winston Smith, est employé au ministère de la Vérité. Son travail consiste à réécrire l’histoire pour qu’elle coïncide avec ce qu’en dit le Parti. Il sait très bien que le passé de l’Océania est un mensonge, mais il dissimule ce savoir.

Il décrit une société toute entière sous la surveillance de Big Brother, où la délation est de règle, où le soupçon généralisé confine l’être humain dans la solitude, où il n’y a de sexualité que reproductive, où la violence terrorise. Quand le Parti le décide, l’être humain est " vaporisé " et le corps n’existe plus.
La rencontre amoureuse de Winston avec Julia le pousse à penser qu’il existe une "Fraternité" rassemblant des gens qui pourraient se soulever et se libérer du contrôle exercé par Big Brother. Avec Julia, il se confie à un ami qui va les trahir. Le couple est capturé, emprisonné, torturé. Winston renie Julia. Une fois rééduqués, le cerveau lavé, devenus des loques humaines, ils seront libérés.
J'ai plusieurs fois eu le projet de lire ce roman, d'autres m'en ont détournés, la guerre en Ukraine m'y a ramené. En 2022-2023, il est toujours actuel. Des dictatures semblables à celle du livre existent dans le monde du 21e siècle, qui asservissent les peuples, qui rejettent les plus pauvres dans des quartiers de relégation, qui détruisent la langue courante en fabriquant une "novlangue". Elles réécrivent l'histoire comme le fait la Russie avec l'Ukraine. Elles prétextent une lutte contre le communisme - ou le nazisme en Ukraine – pour mener des combats ignominieux. L'utilisation de la reconnaissance faciale généralisée en Chine rappelle le "télécran" du roman qui permet un contrôle total de la vie du citoyen et de détecter une mimique du visage qui serait une désapprobation du régime. Et comme le diable se loge dans les détails, comment ne pas penser à la presqu'insignifiante suppression du timbre postal rouge qui s'ajoute à la mauvaise utilisation des réseaux sociaux pour supprimer une partie de l'intimité du sujet ?
Ce roman d'anticipation est une mise en garde contre toutes les dictatures. Il suscite la vigilance à l'égard de tout signe de totalitarismes plus ou moins discrètement rampants à l’œuvre dans nos sociétés.