Marianne K.

Kumudini
par (Libraire)
26 octobre 2013

Kumudini

Il y a tout juste un siècle, Rabindranath Tagore recevait le prix Nobel de littérature. Quel meilleur moyen de célébrer ce centenaire que celui qu'ont choisi les éditions Zulma : publier pour la première fois en français une œuvre magistrale de l'auteur : Kumudini.
Rabindranath Tagore fut très tôt traduit en anglais et en français et est l'auteur prolifique d’œuvres de fiction. Pourtant, Kumudini fut longtemps oublié. Enfin traduit en anglais et diffusé en Inde dans les années 2000, on découvre un texte plutôt déroutant et surtout très critique envers la place des femmes dans la société bengalie. L'auteur évoque les mariages arrangés entre grandes familles alors que les mariées ne sont encore que des enfants, il montre que souvent les jeunes filles sont quasiment réduites en esclavage dans leur belle-famille, qu'elles ne bénéficient d'aucune liberté et encore moins d'une quelconque éducation, si ce n'est celle de plaire et d'obéir au mari. Il révèle également la honteuse violence, autant physique que psychologique, qui est faite aux femmes.
Écrit à la fin des années 1920, ce roman étonne de la part d'un homme qui, dans sa vie personnelle, ne s'opposa jamais à ces « coutumes » et maria même ses propres filles très jeunes à des hommes qui ne les rendirent pas heureuses.

Kumudini a 19 ans, magnifique jeune femme, elle est la dernière fille à marier d'une ancienne riche famille. Elle vit dans un espace protégé, en compagnie de son frère aîné, homme éclairé s'il en est qui s'emploie à l'éduquer et à la combler. Leur relation est teintée d'admiration mutuelle et d'un amour intense et inconditionnel. Cependant les dettes de la famille et la mauvaise situation actuelle pèsent lourd sur les épaules du jeune homme. Ainsi, lorsqu'un entremetteur leur propose une union avec un riche marchand d'une famille rivale, Kumu y voit un signe divin et presse son frère d'accepter. Mais l'élégante, raffinée et aimante jeune fille déchante très vite. Devant la grossièreté et la voracité de son mari, elle ne sait plus comment se comporter...

Formidable peinture du Bengale du XIXème siècle, ce roman dénonce les dysfonctionnements de cette société qui fait des femmes de vulgaires marchandises, même chez les élites dites éclairées du pays... Rabindranath Tagore est parvenu à créer un personnage féminin d'une richesse incroyable, dont l'aura nous englobe durant toute la lecture, tout en dressant des portraits passionnants des personnages masculins !

Canada

Éditions de L'Olivier

22,50
par (Libraire)
26 octobre 2013

Un grand roman américain !

« Comme quoi, les événements qui vous changent une vie ne se présentent pas toujours comme tels. »

Un film que l'on va voir au cinéma, une poignée de main avec un homme tout juste rencontré, autant de moments infimes de l'existence qui font déraper une vie entière. Dell a 15 ans lorsque sa vie de jeune adolescent américain des années 1960 prend un cours tout à fait inattendu. Son père, un retraité de l'Air Force reconverti en vendeur de voiture, a contracté des dettes auprès d'individus plutôt inquiétants en se livrant à du trafic de viande bovine. Pour rembourser, la seule idée qui lui vient à l'esprit est de braquer une banque ! Depuis longtemps obnubilé par les « holds up », il entraîne sa femme, une enseignante introvertie, avec lui. Sorte de Bonny and Clyde revisité, le duo de malfaiteurs est loin d'être au point... Quelques jours seulement après le braquage, ils se font prendre, laissant Dell et sa sœur jumelle livrés à eux-mêmes.
Tandis que sa sœur part seule sur les routes pour rejoindre la Californie et échapper ainsi à l'orphelinat, Dell suit le plan que sa mère a mis au point pour lui au cas où ça tournerait mal. Une de ses amies enseignante lui fait traverser la frontière canadienne et le confie à son frère, directeur d'un petit hôtel dans une région quasi désertique ! Les quelques mois les plus fondateurs de l'existence de Dell sont sur le point de commencer... Alors qu'il travaille pour la première fois de sa vie, en pleine nature, et qu'il est physiquement épuisé, il ne cesse de s'interroger sur les raisons qui ont poussé cet américain plutôt bel homme à venir s'enterrer dans un endroit pareil. Il aurait peut-être préféré tout ignorer de la vie d'Arthur Remlinger, car lorsque le passé trouble de l'homme remonte jusqu'au Canada, Dell s'y trouve mêlé d'une terrible manière...

C'est l'homme que Dell est devenu qui raconte ces quelques mois de son adolescence qui l'ont profondément marqué et qui ont bouleversé son destin. Avec retenue, en toute simplicité, il tente d'éclairer le présent avec le passé. Ce récit d'une grande intensité se dévore pour son intrigue mais se déguste pour sa langue et ses réflexions sur la famille, l'adolescence, les gens ordinaires et les criminels. Un grand roman américain !

Transatlantic
par (Libraire)
1 octobre 2013

Que le vaste monde poursuive sa course folle était un chef d’œuvre. Impossible, donc, d'espérer que l'auteur américain d'origine irlandaise, parvienne à faire aussi bien pour son roman suivant... eh bien si, il l'a fait ! De livre en livre il parvient à se réinventer, créant toujours la surprise et ne décevant jamais !
Il est question ici d'aviateurs, d'esclaves et d'hommes libres, de pauvreté et de famine, de guerre aussi, et d'héritage. Entre l'Irlande et les USA : l'océan atlantique. Les personnages de ce roman n'ont pas hésité à le franchir, dans un sens comme dans l'autre, pour chercher une vie meilleure. L'esclave émancipé Frederick Douglass d'abord, la jeune et pauvre Lily ensuite, qui fuit la misère et la famine, ou encore le sénateur Mitchell qui œuvre pour la paix...
Que l'on parle de la plume de Colum McCann, de sa façon de construire son intrigue, de la manière dont il fait parler ses personnages ou de ce qu'il est capable d'apporter au lecteur, un seul mot suffit pour qualifier ce roman : MAGISTRAL !