Marianne K.

Rebellez-vous !
par (Libraire)
14 janvier 2020

La fin du silence

« Le silence est une immense violence », tels ont été les mots d’Adèle Haenel lors de son témoignage sur les violences qu’elle a subies adolescente. C’est après une agression et pour lutter contre ce silence qui empoisonne que Marie Laguerre a décidé de parler, puis d'écrire !
Alors qu’elle rentre chez elle, dans le quartier de Belleville à Paris, elle croise un homme qui l’interpelle par un bruit de succion, lasse d’être importunée quotidiennement, elle répond cette fois un « ta gueule ». L’homme s’énerve, lui jette un cendrier et la frappe au visage. La vidéo de cette agression, filmée par la caméra de surveillance d’un café, est devenue virale sur le net. Après le mouvement #metoo, la parole et l’écoute se libèrent. Marie décide de porter plainte et de témoigner, de s’investir pour lutter contre le harcèlement sexuel et la violence dont les femmes sont victimes dans les espaces publics (en France, 58 % des femmes de 20 à 24 ans estiment avoir subi des violences dans l’espace public au cours de l’année) ! Après des interviews, des conférences et un procès, Marie Laguerre se lance dans l’écriture d’un livre, avec l’aide de Laurène Daycard. Dans cet ouvrage, elle raconte l’agression et ses conséquences, mais aussi son parcours. Un parcours qui, comme celui de toutes les petites filles, est semé de ce qu’on appelle le « sexisme ordinaire » : prendre le moins de place possible, faire le moins de bruit possible, être polie, discrète, jolie… Dès l’école, on apprend que « le masculin l’emporte sur le féminin », cela peut paraître anodin, mais Marie Laguerre prouve qu’il est nécessaire de déloger le sexisme partout où il s’infiltre, que c’est le seul moyen de lutter contre les violences sexistes ! Ce témoignage, accompagné du manifeste publié initialement en ligne, est également assorti d’un « manuel de la rébellion » absolument fantastique ! Celui-ci vise à faire des femmes des « rebelles averties », et des hommes des « alliés ». Il y est question des stratégies d’évitement, de posture et de gestuelle à adopter, de conseils si l’on veut passer à l’action ou si l’on a été victime d’agression ; des façons de repérer le sexisme et la violence au sein du couple, au travail, à l’école ou sur les réseaux sociaux... Cet ouvrage devrait être conseillé à toutes les femmes, mais aussi à tous les hommes. Pour une prise de conscience salutaire, pour changer les comportements, pour une justice transparente, pour une éradication des violences sexistes… Il est grand temps !

L'Eté où je suis devenue vieille
par (Libraire)
14 janvier 2020

Femme invisible

Dans L’été où je suis devenue vieille, Isabelle de Courtivron évoque une prise de conscience : des changements physiques s’opèrent en elle, elle n’est plus aussi souple, sa vue n’est plus aussi perçante, sa marche plus aussi rapide… Elle qui a tojours été une femme forte, libre et indépendante, la voici qui constate une fragilité nouvelle, une sorte d’usure. Le constat est glaçant : elle est sur la pente descendante de la vie ! Cet état de fait s’accompagne surtout d’une invisibilisation de la femme dans la société. Quand le vieillissement des hommes se teinte de respectabilité et de sagesse, on préférerait que celui des femmes se fasse discrètement, qu’elles sortent simplement de la circulation… D’après les magazines, la femme âgée se doit d’être élégante et soignée, d’« avoir de beaux restes », d’être « encore séduisante ». Dans une société où l’image et l’apparence sont d’une importance absolue, une société qui juge négativement celles qui ne se soumettent pas aux diktats de la féminité, il ne fait pas bon vieillir ! Avec une franchise admirable et un sens de la formule réjouissant, Isabelle de Courtivron raconte son histoire, ses engagements, féministes notamment, son parcours et les choix qu’elle assume aujourd’hui sans remords. Elle parsème son témoignage de nombreuses références ; elle qui a beaucoup lu s’est cherché des guides en littérature, pour l’aider à traverser cette nouvelle étape : Colette, Benoîte Groulte, Susan Sontag, ou encore Doris Lessing, autant de références émancipatrices et inspirantes !

Le Complexe de la Sorcière
par (Libraire)
13 janvier 2020

La sorcellerie en héritage

Isabelle Sorente n’a pas choisi d’écrire sur les sorcières, ce sujet s’est imposé à elle ! Dans un rêve d’abord, puis, au fur et à mesure des recherches et des découvertes, par la fascination qu’il a exercé sur elle. Relatant ses lectures sur le sujet (les lecteurs et lectrices ayant envie d’aller plus loin trouveront là de belles références), la narratrice/autrice déconstruit les clichés liés aux sorcières, aux chasses dont elles ont été les victimes durant des siècles ; elle raconte les tortures, les mauvais traitements, mais aussi l’impact de ces événements sur le psychisme des femmes aujourd’hui, sur la construction des identités, sur le sexisme et les violences faites aux femmes à l’heure actuelle ! Ce livre est un magnifique récit sur un sujet passionnant, mais c’est aussi une incursion dans l’atelier d’écriture d’une écrivaine féministe, une plongée dans l’univers d’une femme qui découvre l’influence du passé sur sa propre vie !

Éloge du magasin, Contre l'amazonisation

Contre l'amazonisation

Gallimard

18,00
par (Libraire)
13 janvier 2020

Le poids d'un clic

Partant du constat de la « retail apocalypse » ̶ entendez par là la vague de fermetures d’un grand nombre de magasins aux États-Unis – et de celui de la vacance commerciale qui mine de nombreux centres-villes, Vincent Chabault, sociologue et professeur à l’Université de Paris et à Sciences Po, se penche sur la situation des magasins physiques à l’heure actuelle. Ni constat amer, ni traité pratique à l’usage des commerçants, ce livre examine avec attention la place des commerces dans nos existences : le contact humain, le plaisir d’acheter et d’offir, la fréquantation de lieux où l’on se sent bien, chercher la bonne affaire… Les raisons sont diverses, tout comme les lieux : de la foire aux vins, aux librairies indépendantes, en passant par les marchés ou encore les grands magasins de luxe, Vincent Chabault prouve la diversité et le dynamisme persistant du commerce en France. Un ouvrage bienvenu pour lutter contre « l’Amazonisation » !

L'Amour en saison sèche

Shelby Foote

Rue d'Ulm

20,00
par (Libraire)
12 novembre 2019

Les vertus sudistes sur le bûcher des vanités...

Impossible de résister à la verve narrative de Shelby Foote, il nous ensorcelle avec un charme redoutable et nous garde sous son emprise tout au long de son roman. Chronique sociale et familiale, L'amour en saison sèche nous emmène dans une petite ville du sud des USA, Bristol, auprès de la famille Barcroft. Sur près de quarante ans, du début du XXème siècle à la seconde Guerre mondiale, l'écrivain nous donne à lire une époque, une ville, et crée des personnages à la psychologie complexe et surprenante ! Le père, réactionnaire, inconsolable d'avoir perdu son unique fils, vit avec ses deux filles, ne leur laissant que peu d'espace et de liberté... Quand un prétendant se fait connaître pour l'une d'elle, le père est convaincu qu'il n'a d'yeux que pour sa fortune ! Ajoutons à l'intrigue une femme fatale redoutable et un aveugle pervers et nous voilà embarqués dans une lecture passionnante qui nous réserve bien des surprises...
Historien et écrivain du sud des États-Unis, Shelby Foote est peu connu en France, ses œuvres, pourtant dans la lignée d'un William Faulkner, n'ont pas rencontré le succès qu'elles méritent... Les éditions de la Rue d'Ulm ont donc eu une brillante idée en rééditant ce chef-d'oeuvre !