sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Le chat dans le cercueil, roman policier

roman policier

Philippe Picquier

6,60
13 février 2020

C'est à cause d'un chat errant recueilli par Yukiko, son employée de maison, que Hariu Masayo se replonge dans un passé qu'elle avait jusqu'ici caché au plus profond d'elle-même. Une fois nourrie et lavée, la petite boule de poils d'un blanc immaculé est tout le portrait de Lala, une chatte qu'elle a connue alors que, jeune fille de 20 ans, elle débarquait à Tokyo dans l'espoir de devenir peintre. C'était en 1955 et, en échange de cours de peinture, elle s'installait chez Gorô Kawabuko pour prendre soin de Momoko, la fille de ce peintre veuf et séduisant. Alors qu'elle s'occupait des courses et du ménage, la petite fille lui restait inaccessible, toujours accompagnée de sa chatte Lala qui était pour elle comme une mère de substitution. Mais à force de persévérance et en passant par Lala, Hariu avait réussi à se lier avec l'enfant et l'harmonie régnait dans la maison, jusqu'au jour où Gorô leur avait présenté Chinatsu, une femme éblouissante, distinguée, sensuelle, intelligente. Une femme parée de toutes les qualités, désireuse de se faire accepter par Momoko et de prendre la place de Lala auprès d'elle. Car Chinatsu avait un gros défaut : son aversion pour les félins.

Une maison, deux femmes, un homme, une enfant, un chat et un secret. Et bien sûr un drame que l'on pressent sous les sourires et les non-dits. Avec une grande maîtrise et, Japon oblige, beaucoup de délicatesse et de subtilité, Mariko Koike nous enferme dans ce huis-clos psychologique qui tient en haleine malgré sa lenteur apparente. L'histoire-confession d'Hariu, trente ans après les faits, est à la fois émouvante et glaçante. Car si l'amour est bien là entre les personnages, il y a aussi de la folie et l'ombre de la mort. Des sentiments exacerbés mais toujours sous contrôle. La légèreté de l'après-guerre, des airs de jazz, une fête perpétuelle, un homme séduisant, une femme envoûtante et à l'opposé une enfant étrange et solitaire, une jeune fille qui se croit amoureuse et la chatte, telle une déesse protectrice, témoin des émotions dans lesquelles se débattent les humains, victime de leur folie.
Un roman d'une grande finesse, à l'ambiance particulière où se mêlent tendresse et cruauté. Une lecture intense au dénouement surprenant.

Tome 2, Quartier lointain
12 février 2020

Le temps passe et Hiroshi continue de revivre l'été de ses 14 ans. Et même s'il profite avec plaisir des moments partagés en famille et de sa complicité avec son amie Tomoko, il voit avec anxiété arriver le jour où son père a disparu. Pourra-t-il cette fois empêcher ce drame qui a détruit sa famille et dont il souffre encore malgré ses 48 ans ?

Plus centré sur la famille, ce second volet voit un Hiroshi s'intéresser davantage à ses parents, leur rencontre, leur couple, leur amour, leur vie. C'est auprès de sa grand-mère qu'il apprend à mieux les connaître et à comprendre ce père disparu. Avec l'expérience de ses 48 ans, mais aussi la candeur de ses 14 ans, il va essayer d'empêcher son départ mais aussi réaliser qu'on ne peut changer le passé et comprendre les motivations de son père. Chacun doit suivre son destin et même si parfois on est dévié de sa route, on finit par retrouver son chemin. Hiroshi saura-t-il se servir de cette nouvelle compréhension pour, à défaut du passé, transformer son présent et son avenir ?
Ce deuxième tome clôt en beauté ce roman graphique tendre, nostalgique et riche en émotions. La beauté des dessins s'accorde à merveille avec le propos. C'est un voyage dans le temps pour le héros et un voyage au Japon pour le lecteur qui découvre les paysages urbains et ruraux de ce magnifique pays. A découvrir absolument que l'on aime la BD ou non, on ne peut qu'être conquis par le travail de Jirô Taniguchi.

Taches rousses
21,90
12 février 2020

Bien loin de l'ennui de Muskogee, Oklahoma, Beck Westbrook s'est fait une place sous le soleil de Los Angeles. Prête à tout pour devenir actrice, elle a pris un raccourci en s'introduisant dans la vie et dans le lit d'un agent qui l'a introduite dans le milieu et lui trouve de temps en temps des petits rôles. Il est vieux, il est flasque, elle ne l'aime pas mais il est aussi riche et connaît du beau monde. Pourtant si Beck court les castings, ce n'est pas par vocation. C'est pour accomplir le rêve de sa petite sœur Leah qui rêvait de cinéma, de théâtre et d'Hollywood. Liées par un amour fusionnel, solidaires face à un père violent et une mère démissionnaire, les deux sœurs partageaient leurs rires, leurs larmes, leurs jeux parfois cruels, jusqu'au jour où Leah a disparu sans laisser de traces. Pour honorer sa mémoire, Beck vit sa vie par procuration, profite des paillettes d'un milieu qu'elle exècre. Elle sait bien que sous les sunlights se tapissent le vice, l'hypocrisie, la mort. C'est d'ailleurs la mort qu'elle voit dans les yeux d'un homme qu'elle croise trop souvent pour que le hasard soit la seule explication. Et c'est encore la mort qu'elle trouve à sa porte quand le corps d'une jeune femme est découvert devant chez elle, dans un container à poubelles. Un tueur sévit en ville et ses crimes la visent. Est-ce cet homme mystérieux ? Quand elle se met en chasse, elle découvre Wes, un peintre à succès qui peint la mort comme personne. Il est riche, adulé et anonyme. Parmi la foule qui se presse à ses expositions, personne ne connaît ni son nom, ni son visage. Cet homme torturé, écorché vif, est-il le tueur ?

Ces taches rousses, ce sont les taches de rousseur qui constellent le visage de Beck et qu'elle s'échine à faire disparaître sous des couches de fond de teint. Pourquoi une haine aussi farouche ? Parce que sa sœur Leah avait une peau d'albâtre ? Parce que ces taches la renvoie à une enfance loin d'être heureuse ? Beck joue le rôle de l'aspirante actrice, petite amie d'un riche agent hollywoodien. Si elle évolue dans le luxe, elle n'en oublie pas moins d'où elle vient, de cette Amérique profonde où l'on meurt d'ennui. Et c'est dans les bas-fonds de Los Angeles qu'elle nous entraîne, pour nous montrer la face obscure de la ville. Pas loin d'elle, rôde un autre personnage retors, Wes le peintre brillant dont l'art s'épanouit dans la mort, la torture, les ténèbres. Riche mais pas heureux, Wes flirte avec l'idée de mourir et avale des médicaments pour oublier que pour réussir, il a vendu son âme au diable.
Avec ce premier roman, Morgane Montoriol ne fait pas dans la dentelle. L'ambiance est glauque, les personnages torturés et le style percutant. Du sang, du sperme, de la salive et une surenchère dans la vulgarité, même si ce n'est pas vraiment dérangeant puisque cela sert une histoire un brin underground. Là où le bât blesse, c'est plutôt dans les tics d'écriture de l'auteure, sa manie, par exemple de décrire minutieusement les tenues de ses personnages et les endroits dans lesquels ils évoluent. Et quand on sait que Beck sort beaucoup, donc se change souvent, on sature vite. De plus, ses descriptions manquent de naturel, trop précises, trop renseignées. A-t-on vraiment besoin de connaître la couleur exacte de la moquette de chaque pièce. D'ailleurs, à propose de couleurs...Il y en a au moins deux cents dans les trois cent soixante-six pages que compte le roman. On navigue entre le bleu, lavande ou outremer, le rouge vermillon, le jaune vivide, le crème, le beige, le noir, le violet, le vert, etc. Stop ! On n'est pas dans le catalogue Ripolin !
Malgré ces petites imperfections, Morgane Montoriol a un potentiel indéniable. En réfrénant ses ardeurs, elle affinera son style et pourra s'aligner avec les auteurs de thrillers reconnus. Car son roman se dévore et ce n'est que dans les toutes dernières pages que tous les mystères se révèlent. Surprenant et prometteur.

Sherlock / Le banquier aveugle, Le banquier aveugle

Le banquier aveugle

Kurokawa

12,60
12 février 2020

Rien de tel qu'une enquête à mener pour tirer Sherlock de son ennui. Et le salut vient d'un de ses amis, un banquier qui lui demande de faire la lumière sur une étrange intrusion dans sa banque. De bureaux ont été visité par un mystérieux cambrioleur qui n'a rien emporté mais a laissé en guise de signature un graffiti sur le mur. Très vite, Sherlock soupçonne que ce message s'adresse à un employé, le sieur van Coon. Mais il ne sera d'aucune aide puisqu'on le retrouve assassiné dans son appartement. Et ce n'est que le début d'une série de meurtres avec toujours un graffiti, en chinois et un lotus noir en origami. Lancés sur la piste d'une mafia chinoise, Sherlock et Holmes frôle le danger pour arrêter le massacre.

Mafia chinoise, trafic d'oeuvres d'art et tueur insaisissable, les deux amis ont fort à faire dans cette deuxième enquête qui encore une fois suit très fidèlement l'épisode de la BBC. Pour les fans, c'est un plaisir, pour ceux qui ne connaissent pas c'est une bonne introduction au travail de Moffat et Gatiss qui ont réussi à renouveler les personnages de Conan Doyle en les transposant dans le XXIè siècle avec maestria, aidés en cela par le charisme de Benedict Cumberbatch et et travail, plus en retrait mais tout aussi performant, de Martin Freeman.
Si le manga est dispensable, la série vaut le détour.

Meurtres à la cour du prince Genji, roman policier

roman policier

Philippe Picquier

11 février 2020

Fruit des amours passionnées de l'Empereur et de sa Favorite, la Dame du clos au pawlonia, le prince Genji a grandi loin des intrigues de la cour et privé de sa mère, morte dans d'atroces souffrances, empoisonnée par Dame Kokiden qui craignait que son fils ne soit évincé de la succession au trône. Dévasté par la perte de la femme aimée et décidé à protéger son fils, l'Empereur s'est résolu à faire de la dame l'Epouse impériale et de Suzaku son héritier. Depuis, le pays est dirigé par son beau-père, le Ministre de Droite qui a si bien manoeuvré que son éternel rival, le Ministre de gauche, n'est plus qu'un pauvre hère sans pouvoir de décision.
Surnommé le Prince Radieux tant sa beauté est grande, Genji est devenu un adulte sûr de lui, aimé de tous et surtout des femmes, très sensibles à son charme naturel. Peu soucieux de politique, le jeune homme ne pense qu'aux plaisirs, aux arts martiaux, aux femmes. C'est aussi le cas de son beau-frère et néanmoins meilleur ami, Chûjô qui, au grand dam de son père le Ministre de Gauche, ne s'intéresse ni aux intrigues, ni aux jeux de pouvoir. Pourtant, l'insouciance des deux amis va être bousculées lorsqu'autour de Genji les cadavres semblent s'accumuler. Chûjô se lance dans l'enquête, aidé par Shibuku Murasaki, une suivante du palais secrètement amoureuse Genji depuis l'enfance. Victimes de la magie, d'un sort ou d'un esprit mauvais ou morts de la main d'un être de chair et de sang ? Les deux enquêteurs amateurs devront affronter bien des périls et des énigmes pour faire la lumière sur cette terrible affaire.

Pour, peut-être, rendre plus accessible le Dit du Genji de Shibuku Murasaki, monument de la littérature japonaise, Seio Nagano s'est amusé à le transformer en une passionnante enquête policière.
Nous voilà donc dans le Japon du XIè siécle, à Kyoto, dans l'intimité de la cour impériale. Ici tout n'est que calme, luxe et volupté. On y croise les favorites de l'empereur aux noms aussi poétiques que la princesse des glycines ou la dame du clos au pawlonia. Mais il ne faut pas se laisser abuser par les manières policées, la délicatesse des soieries et la beauté des lieux. Au palais règnent aussi la jalousie, la colère et la haine. Le pouvoir est un puissant moteur pour certains qui n'hésitent pas à intriguer, comploter et parfois occire un rival gênant. Quand survient une série de meurtres, on s'affole et on attribue les crimes aux esprits malfaisants, même si l'on sait qu'un certain aveugle, chassé de la cour, est capable de fabriquer des poisons mortels. Au cœur des intrigues, Genji, le Prince Radieux. Est-il victime d'une vengeance ? Ou se venge-t-il lui-même de la mort de la mère qu'il a si peu connue ? Idée originale, c'est à Shibuku Murakasi que l'auteur confie l'enquête. Connue pour sa grande culture et son esprit brillant, elle devient tout naturellement celle qui veut faire la lumière sur les meurtres qui entourent celui qu'elle aime en secret, bien consciente que son physique ingrat ne sera jamais à la hauteur de la beauté du Prince Radieux.
Pour se familiariser avec les personnages, le contexte et les mœurs de l'époque, avant de s'attaquer au Dit, ces meurtres à la cour du Prince Genji sont une formidable entrée en matière. Une manière originale d'aborder ce classique tout en se divertissant. Enorme coup de cœur !