sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

L'herbe maudite
22,80
29 septembre 2019

Irlande, comté de Clare, 1980. Hanna Madigan s'inquiète pour sa mère Rosaleen qui n'a pas quitté son lit depuis deux semaines, depuis que son fils Dan a annoncé qu'il arrêtait la fac et qu'il quittait sa fiancée pour devenir... prêtre !
Toronto, 1991. Après avoir vécu à New York où il miraculeusement échappé à l'épidémie du sida, Dan est finalement installé au Canada, avec un homme. Ludo l'a d'ailleurs demandé en mariage et il a accepté.
1995, comté de Clare. Si ses frères et soeur se sont éparpillés à travers le monde, Constance, elle, est restée sur sa terre natale. Femme forte qui gère un mariage, quatre enfants, une mère veuve toujours en demande, elle aborde la quarantaine avec quelques kilos en trop et une angoisse logée dans son sein... un cancer ?
Mali, 2002. Bien loin de l'Irlande, Emmet soigne les maux des africains. Il aime Alice mais Alice l'a quitté à cause de Mitch, un petit chien moche qui a semé la zizanie dans son couple.
Dublin, 2005. Hanna aurait voulu être actrice. Au lieu de cela, elle est mère, une mère défaillante qui noie sa dépression post partum et ses rêves envolés dans l'alcool. C'est seule qu'elle part pour Ardeevin retrouver Rosaleen. La mère a convoqué ses enfants. Ils viennent des quatre coins du monde assister au dernier repas de Noël dans la maison de leur enfance que Rosaleen a décidé de vendre.

Découverte d'une auteure irlandaise de talent avec L'herbe maudite qui propose un voyage, ou plutôt des voyages.
Voyage dans le temps avec des allers-retours entre le passé et le présent des Madigan que l'on retrouve lors des moments forts de leur vie. Enfants pleins de rêves et d'espoir, adultes désabusés. Êtres en recherche d'une place dans le monde, d'un chemin à prendre.
Voyage dans l'espace parce que les Madigan ont la bougeotte. le Mali, les États-Unis, le Canada, Dublin. Désir de fuir une mère à tendance abusive ? Besoin de se construire loin d'une famille dévorante ?
Voyage au cœur des sentiments humains. Des parcours chaotiques, des histoires de vie malmenée. Des grands projets auxquels on renonce, des blessures que l'on soigne pour construire autre chose, la carapace que l'on se forge pour survivre aux déceptions, les mensonges que l'on dit, les chagrins, les deuils, les renoncements, tout ce qui fait une vie, avec aussi les petits bonheurs, les moments de grâce et d'oubli.
Voyage au pays de l'amour... filial, fraternel, maternel, hétérosexuel ou homosexuel. Sentiments décortiqués par une auteure affûtée qui explore la psychologie de ses personnages et leurs sentiments avec précision et acuité.
Voyage au sein d'une famille. Relations de force, coups bas, chantage aux sentiments, dysfonctionnements. Mère aimante mais abusive, exigeante, impitoyable. Liens qui se distendent mais restent présents dans la chair de chacun. Deux frères, deux sœurs. Qu'ont-ils en commun si ce n'est d'avoir grandi dans la même maison, auprès des mêmes parents ?
Voyage en Irlande, pays de landes sauvages, de pierres et de granit, de mers tumultueuses, de vertes prairies. Pays de convictions, d'Histoire, de légendes. Une terre que l'on ne quitte jamais tout à fait, jamais pour toujours...
De beaux voyages pour un magnifique roman, chronique familiale douce-amère aux personnages touchants par leur humanité, leurs imperfections, leurs fragilités. Un coup de cœur.

La Course au sac
29 septembre 2019

Quand on s'est fait un ennemi du numéro deux de la mafia de Chicago, on vit forcément dangereusement. Nolan le sait bien, lui qui a défié l'autorité de Charlie, l'a ridiculisé, humilié au point qu'il en a perdu sa position privilégiée. Nolan a payé dans sa chair cette inimitié et il ne compte plus, ni les balles qu'on lui a retirées du corps, ni les fois où il est passé à côté de la mort. Sa carrière aussi en a pris un coup. Alors qu'il se voyait à la tête d'un grand restaurant, il a du quitter Chicago, abandonner ses rêves de grandeur et vivre de casses de banque et de cambriolages.
Mais tout cela fait partie du passé et sa vie a repris des couleurs depuis le décès accidentel de Charlie. Nolan est revenu dans les bonnes grâces de la Famille qui lui a confié la gestion du Tropical Motel, un complexe hôtel-restaurant-boîte de nuit, une affaire florissante qui n'est que la première marche vers la gloire. Après un an de probation, l'heure est venue pour Nolan de vraiment s'associer avec la Famille, en investissant ses 400000 dollars dans le restaurant très chic qu'il rêve de diriger. Fruit d'un casse, cette petite fortune l'attend bien au chaud dans le coffre d'un ami antiquaire d'Iowa City. Mais, le jour où il doit aller récupérer sa part, la boutique est braquée, ses dollars s'envolent et John, le neveu de l'antiquaire est enlevé. Flanqué d'un homme de main de la mafia, Nolan se lance à la poursuite du butin.

Un roman de truands sans fioritures, une histoire de haine et de vengeance où on trahit, on vole, on tire dans tous les sens. Max Allan Collins fait le job sans s'embarrasser d'un quelconque style. Un personnage est introduit, il en fait une description physique détaillée, s'attarde sur sa tenue vestimentaire et le fait entrer dans la ronde. Ensuite, place à l'action, aux nombreux dialogues et à une intrigue qui se déroule sans temps morts. Pléthore de truands, peu d'innocents, les personnages ne font pas dans la dentelle et l'auteur non plus dont le sens du récit nous fait penser à une sorte de parodie de roman mafieux. Ce n'est pas de la grande littérature mais c'est divertissant.

Guide Un Grand Week-end à Stockholm

Collectif

Hachette Tourisme

27 septembre 2019

Strasbourg, 7 septembre 2018. Une terrasse ensoleillée avec vue sur la Petite France. J'ai 49 ans. Ambiance sympathique entre amis et famille pour célébrer ce jour où pour la dernière fois je suis une quadra. Et si je changeais de décor pour fêter mon demi-siècle ? Je m'imagine bien arpentant les ruelles de Gamla Stan, joyeuse et épanouie, la cinquantaine fringante !
7 septembre 2019 : J'ai 50 ans et je suis à Stockholm ! Famille et amis ont répondu présents pour visiter avec moi la capitale suédoise. Après une première journée de grisaille assez déprimante, le soleil est de la partie et invite à se promener dans cette ville d'eau et d'îles. À nous les musées, les ruelles pavées, les boutiques, les parcs verdoyants, le palais royal, les harengs ! Et à nous la coutume suédoise que nous avons immédiatement adoptée : se faire un fika. Une institution à Stockholm qui consiste à trouver le petit salon de thé le plus mignon, à s'y installer et à partager cafés, thés, lattes et Kannelbullars, ces savoureuses petites brioches à la cannelle typiques du pays. Un délice ! De bons moments de convivialité qui participent à l'ambiance très cool de la ville.
En trois jours et à pieds (le ticket de métro est à 4 euros 50!), on peut déjà avoir un bon aperçu de Stockholm, même si bien sûr on en voudrait plus. Mais avec le guide Un grand week-end en poche, on peut aller à l'essentiel. Mais attention, la capitale suédoise n'est pas bon marché ! Les tentations sont nombreuses et la carte bleue surchauffe.

Ohan

Chiyo UNO

Philippe Picquier

25 septembre 2019

De son propre aveu, Kanô est un bon à rien qui vit aux crochets d'une femme. Or cette femme, Okayo, n'est pas son épouse mais sa maîtresse, une ancienne geisha qui gère désormais son propre établissement. Lui a fait péricliter la teinturerie familiale et fait le brocanteur en dilettante pour gagner son argent de poche. Et ce n'est pas là le pire de ces méfaits ! Son acte le plus honteux a été de quitter Ohan, son épouse légitime, alors qu'elle attendait leur enfant. C'était il y a sept ans et depuis il n'a pas revu sa femme et ne connaît même pas son petit garçon. Pourtant, quand un soir d'été, il la croise par hasard, Kanô est bouleversé. Soudain il ne pense plus qu'à cette femme lâchement abandonnée, se reprochant son inconduite. Beau parleur, il réussit à se faire pardonner et la situation s'inverse : il devient l'amant de sa propre femme. Il se rapproche également du petit Satoru, son fils inconnu, et décide de quitter Okayo pour emménager avec Ohan. Pourtant il ne suffit pas de décider, il faut agir aussi et Kanô n'est pas un homme d'action. Comment laisser Okayo et Osen, la fille qu'elle vient d'adopter, sans la faire souffrir et sans en pâtir lui-même ? Comment faire patienter Ohan et Satoru, impatients de former une famille ? Pris entre deux feux, Kanô tergiverse, hésite, promet, se ravise, ne sait laquelle choisir.
Indétrônable figure des romans d'amour, le triangle amoureux est ici dessiné avec la délicatesse d'une estampe japonaise. Avec beaucoup de pudeur, de retenue et un sens aiguisé de la dramaturgie, Chiyo Uno raconte l'histoire banale d'un homme qui ne peut choisir entre les deux femmes qu'il dit aimer. Banal l'homme l'est aussi, dans son égoïsme, sa lâcheté sa frivolité. Les femmes le sont moins. Ohan, mère aimante, épouse patiente, femme humble et digne qui s'inquiète pour sa rivale. Okayo, forte, ambitieuse, entreprenante, amoureuse de son vaurien d'amant. Et puis il y a les enfants, une fille, un garçon, tous deux cherchent un père et là encore Kanô ne saurait être à la hauteur, lui qui fuit les responsabilités comme la peste. Mais à être inconstant et volage, la vie ne fait pas de cadeau et se charge de punir le faible qui veut tout et ne donne rien. Le drame, prévisible, inévitable, frappe de plein fouet un Kanô qui découvre quand il le perd, ce à quoi il tenait le plus sans se l'avouer.
Un petit bijou comme seule la littérature japonaise peut en proposer, tout en poésie, en délicatesse. Dans un Japon intemporel, la ritournelle des sentiments au gré du passage des saisons. À découvrir.

Evelyn, May et Nell, pour un monde plus juste
24 septembre 2019

Londres, février 1914. Evelyn, adolescente issue d'un milieu bourgeois se rêve étudiante à Oxford. Mais à quoi bon envoyer une fille à l'université ? L'avenir d'Evelyn est tout tracé : un bon mariage avec le jeune Teddy épris d'elle depuis l'enfance, des enfants et une maison à tenir, voilà qui devrait l'occuper sainement et fera d'elle une femme respectable. Pourtant Evelyn ne peut se résoudre à accepter son sort. Dans la rue, les femmes qui manifestent pour le droit de vote attirent son attention et lui font entrevoir un autre destin. Et si les femmes pouvaient décider elles-mêmes de leurs choix de vie ?
Nell, quant à elle, évolue dans un tout autre milieu. Née dans une famille pauvre et nombreuse des quartiers Est de la ville, la jeune fille travaille à l'usine pour un salaire de misère. Le mariage ? Elle n'y pense pas ! D'ailleurs les garçons de l'attirent pas du tout, pas sentimentalement en tout cas, mais elle leur envie leur liberté. Vêtue comme un homme, elle est de toutes les manifestations de suffragettes et n'hésite jamais à faire le coup de force avec la police.
Autre milieu, autres mœurs, May est la fille d'une suffragiste activiste qui l'a élevée dans le respect du Seigneur et de toutes ses créations. Quaker donc pacifiste, May milite pour le droit de vote des femmes mais refuse toute forme de violence. Il ne s'agit pas pour elle de briser des vitrines ou d'affronter la police mais d'établir le dialogue avec les décideurs pour que la femme tienne enfin dans la société la place qui lui revient de droit. Orpheline de père, éduquée dans une école de filles, toujours entourée de femmes, May a naturellement tournée vers elles ses sentiments amoureux et son cœur palpite pour Nell dont elle admire le culot, la gouaille et le courage.
Ces trois adolescentes, qui aspirent à plus de liberté, de justice, d'égalité, espèrent que les hommes de pouvoir sauront se laisser fléchir par la justesse de leurs arguments sans se douter que leur lutte sera bientôt très secondaire. Les hommes préparent un autre combat et, quand la première guerre mondiale éclate, les suffragettes se trouvent face à un dilemme. Faut-il continuer à revendiquer le droit de vote ou faire une pause pour soutenir l'effort de guerre ?

Derrière chaque femme qui glisse un bulletin de vote dans l'urne, il y a une suffragette qui a lutté pour obtenir ce droit. C'est ce que ce roman destiné à la jeunesse veut mettre en évidence en racontant le parcours militant de trois adolescentes anglaises issues de milieux différents mais avec la même volonté de changer le monde.
Si le propos est louable, le récit de Sally Nicholls souffre de quelques maladresses. À trop vouloir en dire, elle s'enlise dans un texte lourd et répétitif. Très vite on est noyé sous les informations et cela nuit à l'empathie qu'on voudrait éprouver pour les trois héroïnes. De plus, les suffragettes constituent un sujet suffisamment fort pour ne pas y ajouter l'homosexualité féminine. Dans ce rôle, la jeune May paraît d'ailleurs très peu crédible, trop renseignée pour une adolescente de 1914 et trop soutenue par une mère compréhensive qui, quaker et très pieuse, ne devrait pas réagir à l'homosexualité de sa fille avec tant de bienveillance...
Afflux de renseignements, personnages caricaturaux et dispersion font de ce livre une petite déception. Mais il a le mérite de porter un message féministe de liberté et d'acceptation de la différence. À faire lire aux adolescents pour qu'ils découvrent d'où vient ce droit de vote que l'on considère comme allant de soi.