sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Le syndrome du pire
8 octobre 2019

Leo Junker a beau avoir été écarté momentanément de la police, il n'en reste pas moins flic. Aussi, quand une junkie se fait abattre dans un foyer pour femmes juste au pied de son immeuble, il ne peut s'empêcher d'aller faire un tour sur la scène de crime. Il faut dire que l'homme a du temps à tuer. Mis à pied depuis une enquête des affaires internes qui a très mal tournée, lâché par sa hiérarchie, il traîne son malaise dans les bas-fonds de Stockholm, maintenu en vie par les cachets et l'absinthe qu'il avale à haute dose. Alors, quand il reconnaît un bijou dans la main de la victime, le choc est rude et le renvoie à son passé quand, adolescent désabusé et solitaire d'une banlieue difficile de Stockholm, il faisait la connaissance de son meilleur ami, l'énigmatique Grim et de sa sœur, la belle Julia.

Rencontre avec une autre facette de Stockholm, bien loin du modèle suédois souvent vanté. Christoffer Carlsson nous en montre les failles, les laissés-pour-compte, le monde de la nuit, la drogue, les trafics en tout genre.
Rencontre avec la banlieue et la ville de Salem. Rien de particulier : des immeubles, des familles dysfonctionnelles, des parents démissionnaires, ou d'autres qui essaient de faire de leur mieux. Des adolescents qui en molestent d'autres, pour se prouver qu'ils existent, qu'ils sont les plus forts, pour faire fuir l'ennui d'une vie sans perspective. Des jeunes qui prennent le chemin de la délinquance pour se faire de l'argent de poche plus facilement qu'en se cherchant un job d'été. Un quotidien entre noir et gris que traversent pourtant les éclats de l'amitié et de l'amour.
Rencontre avec un flic, Leo Junker des affaires internes, borderline, loup solitaire, dopé aux médocs et à l'alcool. En attente d'une réintégration dans la police après une opération ratée qui s'est soldée par la mort d'un collègue. Coupable d'avoir causé cette mort, coupable d'avoir été manipulé par ses supérieurs, coupable tout trouvé mais qui ne veut pas se taire, qui fouille, qui creuse, qui garde toute sa lucidité malgré l'absinthe. Coupable depuis toujours.
Un excellent livre, plus roman noir que polar. Entre passé et présent, Leo Junker s'avère un personnage faillible, torturé, passionnant à suivre, et dans les rues de la capitale suédoise, et dans les méandres de ses souvenirs. Sombre et efficace.

Le joueur d'échecs
5,00
30 septembre 2019

La présence du champion du monde d'échecs sur le paquebot qui les emporte vers Buenos-Aires titille l'intérêt de certains passagers. Pourtant, Mirko Czentovic est loin d'avoir une personnalité attachante. L'homme est arrogant, rustre et stupide. S'il consent à participer aux parties organisées à bord, c'est à condition d'être payé et sans s'investir vraiment dans un jeu qu'il survole de sa supériorité. Mais quand Monsieur B. entre dans la partie, le vent tourne. Czentovic est battu par l'aristocrate autrichien discret et modeste. Touché dans sa fierté de champion, il engage une lutte à mort contre celui qui oppose à sa force brutale, un jeu subtil, raffiné et réfléchi. Et c'est à son corps défendant que Monsieur B. riposte, frénétique, calcule plusieurs coups d'avance, se tient au bord du précipice d'une folie dans laquelle il est déjà tombé par le passé.

En peu de pages, Stefan Zweig réussit le tour de force de nous brosser le portrait de deux personnages que tout oppose. Czentovic, d'origine modeste, peu éduqué, doué pour les échecs par un de ces curieux hasards de la vie, sauvé de la pauvreté grâce à son don. Monsieur B., aristocrate, cultivé, lui aussi sauvé par les échecs, sa seule consolation lorsqu'il est arrêté par la Gestapo, enfermé seul dans une chambre d'hôtel avec pour seule compagnie un livre de stratégie qu'il a réussi à dérober. Mais les échecs ont failli causer sa perte. À force de ne jouer que des parties théoriques contre lui-même, il a sombré dans une forme de schizophrénie, une folie furieuse restée tapie au fond de lui.
Assimilant le rude et orgueilleux champion au régime nazi, Zweig l'oppose à un homme qui tente coûte que coûte de conserver sa dignité et son humanité.
Un classique à lire mais pas un coup de cœur.

Guide Un Grand Week-end à Naples, Pompéi, Capri, côte amalfitaine

Pompéi, Capri, côte amalfitaine

Collectif

Hachette Tourisme

8,95
30 septembre 2019

''Naples ?! Mais tu es folle ! Naples c'est sale, moche, dégradé. Et puis tu vas te faire voler ! Ne prends pas ton appareil-photo, ni ton portable, et fais gaffe à ton fric. Évite le sac sur le dos et sur l'épaule aussi d'ailleurs parce qu'ils passent en scooter et ils te l'arrachent. Tu peux encore annuler ?''.
Hé bien non, je ne peux pas annuler. Billets non remboursables et appartement réservé, il ne me reste plus qu'à m'envoler pour Naples malgré les oiseaux de mauvais augure...
Et dès mes premiers pas dans la capitale de la Campanie, je sais que je vais aimer d'amour cette ville bruyante, bouillonnante, tellement vivante. Un musée en plein air loin d'être figé dans le passé où le street art côtoie les monuments historiques, où les ruelles enchevêtrées des quartiers espagnols débouchent sur la très chic Via Toledo, où la ferveur religieuse s'accommode des croyances populaires. Une ville chaleureuse et authentique !
À Naples, on fait la queue devant une pizzeria récemment dynamitée parce que le patron s'oppose à la mafia. On parcourt la via San Gregorio Armeno au milieu des crèches et des boules et c'est Noël en plein mois de juillet. On déguste une sfogliatella ou un baba dans une des nombreuses pâtisseries de la via dei tribunali. On prend de la hauteur au Castel Sant'Elmo pour profiter d'une vue imprenable sur la baie et le Vésuve. On descend la via Toledo jusquà la Piazza del Plebiscito pour prendre un incomparable café noisette au comptoir du célèbre caffè Gambrinus, juste avant d'aller se perdre dans les somptueuses salles du Palazzo Real. On se gave des pizzas les meilleures du monde, attablé dans l'une des célèbres pizzerias de la ville ou on prend, au coin d'une rue, une fritta, réminiscence de la pauvreté d'après-guerre. On en ressort repu mais sans pouvoir s'empêcher de trouver encore une petite place pour une glace crémeuse, délicieuse, addictive. On s'approche, curieux et émerveillé, du Christ voilé de la capella San Severo. On suit les traces de Lila et Lena, les amies prodigieuses d'Elena Ferrante, de la très chic via Chiai à la piazza dei martiri, du Corso Emanuele à la librairie Dante & Descartes. Et puis, las du chaos de Naples, on saute dans un train pour se rendre à Pompéi et découvrir les vestiges de la cité antique et on finit la journée au sommet du volcan après escalade rude mais récompensée par la beauté des lieux. On peut aussi prendre un ferry et aller déambuler vers Procida la multicolore que l'on aura préférée à la trop touristique Capri.
J'oublie tant de choses, comme la gentillesse des napolitains, le goût d'une tartelette aux fraises des bois, l'ivresse d'un Limoncello, le vacarme infernal des scooters, l'ossuaire du cimetière des Fontanelles, le cloître Santa Chiara, etc, etc. Tant de choses qui font qu'on adore Naples, son bruit, sa fureur, ses saveurs.
Quant au guide, qu'en dire ? Des informations erronées, des recommandations pour des pièges à touristes... Heureusement il y a le plan de la ville et les attractions touristiques classées par quartiers qui sauvent la mise.

L'herbe maudite
22,80
29 septembre 2019

Irlande, comté de Clare, 1980. Hanna Madigan s'inquiète pour sa mère Rosaleen qui n'a pas quitté son lit depuis deux semaines, depuis que son fils Dan a annoncé qu'il arrêtait la fac et qu'il quittait sa fiancée pour devenir... prêtre !
Toronto, 1991. Après avoir vécu à New York où il miraculeusement échappé à l'épidémie du sida, Dan est finalement installé au Canada, avec un homme. Ludo l'a d'ailleurs demandé en mariage et il a accepté.
1995, comté de Clare. Si ses frères et soeur se sont éparpillés à travers le monde, Constance, elle, est restée sur sa terre natale. Femme forte qui gère un mariage, quatre enfants, une mère veuve toujours en demande, elle aborde la quarantaine avec quelques kilos en trop et une angoisse logée dans son sein... un cancer ?
Mali, 2002. Bien loin de l'Irlande, Emmet soigne les maux des africains. Il aime Alice mais Alice l'a quitté à cause de Mitch, un petit chien moche qui a semé la zizanie dans son couple.
Dublin, 2005. Hanna aurait voulu être actrice. Au lieu de cela, elle est mère, une mère défaillante qui noie sa dépression post partum et ses rêves envolés dans l'alcool. C'est seule qu'elle part pour Ardeevin retrouver Rosaleen. La mère a convoqué ses enfants. Ils viennent des quatre coins du monde assister au dernier repas de Noël dans la maison de leur enfance que Rosaleen a décidé de vendre.

Découverte d'une auteure irlandaise de talent avec L'herbe maudite qui propose un voyage, ou plutôt des voyages.
Voyage dans le temps avec des allers-retours entre le passé et le présent des Madigan que l'on retrouve lors des moments forts de leur vie. Enfants pleins de rêves et d'espoir, adultes désabusés. Êtres en recherche d'une place dans le monde, d'un chemin à prendre.
Voyage dans l'espace parce que les Madigan ont la bougeotte. le Mali, les États-Unis, le Canada, Dublin. Désir de fuir une mère à tendance abusive ? Besoin de se construire loin d'une famille dévorante ?
Voyage au cœur des sentiments humains. Des parcours chaotiques, des histoires de vie malmenée. Des grands projets auxquels on renonce, des blessures que l'on soigne pour construire autre chose, la carapace que l'on se forge pour survivre aux déceptions, les mensonges que l'on dit, les chagrins, les deuils, les renoncements, tout ce qui fait une vie, avec aussi les petits bonheurs, les moments de grâce et d'oubli.
Voyage au pays de l'amour... filial, fraternel, maternel, hétérosexuel ou homosexuel. Sentiments décortiqués par une auteure affûtée qui explore la psychologie de ses personnages et leurs sentiments avec précision et acuité.
Voyage au sein d'une famille. Relations de force, coups bas, chantage aux sentiments, dysfonctionnements. Mère aimante mais abusive, exigeante, impitoyable. Liens qui se distendent mais restent présents dans la chair de chacun. Deux frères, deux sœurs. Qu'ont-ils en commun si ce n'est d'avoir grandi dans la même maison, auprès des mêmes parents ?
Voyage en Irlande, pays de landes sauvages, de pierres et de granit, de mers tumultueuses, de vertes prairies. Pays de convictions, d'Histoire, de légendes. Une terre que l'on ne quitte jamais tout à fait, jamais pour toujours...
De beaux voyages pour un magnifique roman, chronique familiale douce-amère aux personnages touchants par leur humanité, leurs imperfections, leurs fragilités. Un coup de cœur.

La Course au sac
29 septembre 2019

Quand on s'est fait un ennemi du numéro deux de la mafia de Chicago, on vit forcément dangereusement. Nolan le sait bien, lui qui a défié l'autorité de Charlie, l'a ridiculisé, humilié au point qu'il en a perdu sa position privilégiée. Nolan a payé dans sa chair cette inimitié et il ne compte plus, ni les balles qu'on lui a retirées du corps, ni les fois où il est passé à côté de la mort. Sa carrière aussi en a pris un coup. Alors qu'il se voyait à la tête d'un grand restaurant, il a du quitter Chicago, abandonner ses rêves de grandeur et vivre de casses de banque et de cambriolages.
Mais tout cela fait partie du passé et sa vie a repris des couleurs depuis le décès accidentel de Charlie. Nolan est revenu dans les bonnes grâces de la Famille qui lui a confié la gestion du Tropical Motel, un complexe hôtel-restaurant-boîte de nuit, une affaire florissante qui n'est que la première marche vers la gloire. Après un an de probation, l'heure est venue pour Nolan de vraiment s'associer avec la Famille, en investissant ses 400000 dollars dans le restaurant très chic qu'il rêve de diriger. Fruit d'un casse, cette petite fortune l'attend bien au chaud dans le coffre d'un ami antiquaire d'Iowa City. Mais, le jour où il doit aller récupérer sa part, la boutique est braquée, ses dollars s'envolent et John, le neveu de l'antiquaire est enlevé. Flanqué d'un homme de main de la mafia, Nolan se lance à la poursuite du butin.

Un roman de truands sans fioritures, une histoire de haine et de vengeance où on trahit, on vole, on tire dans tous les sens. Max Allan Collins fait le job sans s'embarrasser d'un quelconque style. Un personnage est introduit, il en fait une description physique détaillée, s'attarde sur sa tenue vestimentaire et le fait entrer dans la ronde. Ensuite, place à l'action, aux nombreux dialogues et à une intrigue qui se déroule sans temps morts. Pléthore de truands, peu d'innocents, les personnages ne font pas dans la dentelle et l'auteur non plus dont le sens du récit nous fait penser à une sorte de parodie de roman mafieux. Ce n'est pas de la grande littérature mais c'est divertissant.