sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

A la santé du feu, roman
17,00
5 mai 2013

Une petite tâche suspecte lors d'un examen de contrôle et le cancer qu'elle croyait vaincu refait surface dans la vie de la narratrice. Mais pourquoi envisager le pire? Après tout, c'est peut-être un simple virus. Commence alors la longue attente, 40 jours pour traiter le potentiel virus à grands coups d'antibiotiques, 40 jours de patience et d'angoisse, d'espoir et de courage, 40 jours pour savoir si la vie va continuer ou si la mort guette.

40 jours, c'est très long quand on attend un examen médical décisif. Pour conjurer l'attente, la peur ou le sort, Dorothée WERNER a entrepris de se confier sur le papier dans un journal intime, carnet de bord où les jours s'égrènent, presque semblables, tournés uniquement vers le "D-Day". Elle confie ses espoirs, ses moments de désespoir, son sentiment d'injustice. Elle se pose des questions, cherche la réponse dans son passé. Elle évoque ses errements vers les médecines douces, l'acupuncture, le magnétisme, etc., vaines tentatives de mettre toutes les chances de son côté.
Mais 40 jours, c'est long à lire aussi! Cela serait politiquement correct de dire que tout cela est touchant, poignant même, mais au final, c'est surtout grandiloquent et plombant. Le style lourd, les envolées lyriques, les métaphores alambiquées détournent le propos et au final on ne ressent rien, si ce n'est un léger ennui et l'envie d'en finir au plus vite avec cette prose qui souvent s'égare. Si l'on comprend bien que Dorothée WERNER ait ressenti l'envie d'exorciser l'angoisse par l'écriture, on comprend moins son désir d'être publiée. Son expérience profitera peut-être à ceux qui sont touchés par le cancer, mais rien n'est moins sûr. Après tout, dans la maladie, on est toujours seul...

Les Haines pures, roman

roman

Albin Michel

20,90
4 mai 2013

Provence, juillet 1945. Gabrielle revient à Bayon après des années d'absence. A priori, rien a changé. La ferme familiale a continué son lent délabrement et sa mère n'a rien perdu de sa hargne te de sa méchanceté. Pourtant, le temps et la guerre ont fait leur oeuvre. Louise, sa petite soeur, n'est plus l'enfant qu'elle a laissée derrière elle. Louise est devenue une femme, une Marilyn provençale, qui fait tourner la tête de tous les hommes.

Jean, son frère aîné, le fils prodige, le préféré, s'est pris une balle dans la tête qui l'a laissé handicapé, grand bébé que sa mère nourrit à la cuillère. Mais ce qui bouleverse véritablement Louise, c'est le sort tragique des Rocetti, les habitants de la ferme voisine. C'est dans cette famille italienne qui l'accueillait comme une fille que Louise venait se réfugier quand elle n'en pouvait plus du harcèlement maternel et de l'impuissance paternelle. Comment pourrait-elle croire qu'un jour funeste de l'été 44, Pietro Rocetti a tué tous ses enfants puis s'est donné la mort, laissant sa femme Maria mourir de chagrin?! Louise s'interroge mais le village ne veut pas remuer le passé et elle ne rencontre que silence ou hostilité. Quand Paul Morand, un géologue, s'installe pour quelques mois dans la ferme des Rocetti, elle trouve en lui l'allié qui va l'aider dans sa recherche de la vérité.

Situé dans l'immédiate après-guerre, le récit d'Emma LOCATELLI ne se contente pas, pourtant, d'être simplement un roman historique. Certes, elle y évoque la guerre, l'exode les bombardements et aussi la résistance, la collaboration, l'épuration mais c'est aussi une quête de la vérité, une enquête sur un drame qui, de rebondissements en découvertes, de coups de théâtre en secrets dévoilés, va conduire à un nouveau drame. S'y croisent des résistants de la dernière heure, des femmes tondues, des manipulateurs, des meurtriers, tant de personnages façonnés par la guerre qui essaient de reprendre le cours de leur vie en laissant parfois leur conscience de côté. Petit à petit, on découvre l'origine de toutes ces aigreurs, de ces haines au fond des coeurs.
Manipulation, folie, identités cachées, vengeance, le lecteur est promené dans la noirceur de l'âme humaine jusqu'à la dernière page.
Les haines pures est un grand roman, qui tient du thriller, du roman psychologique et du roman historique. A découvrir absolument.

Deux étrangers, roman
21,00
30 avril 2013

Après sept années de silence, Elise reçoit un coup de fil de son père : "Elise, il faut que je te voie, je suis à Marrakech, je t'attends avant la fin du mois". Ce père qu'enfant elle affublait de nom de dictateur, cet homme qui a pourri son enfance, ce tyran domestique qui imposait ses humeurs et ses envies à toute la famille, ne lui demande pas de venir, il la convoque.

Et Elise obéit. Elle se met volant de sa vieille R5 en fin de vie, la seule chose qui lui reste de sa mère décédée, et elle prend la route, direction le Maroc. Peut-être devrait-elle faire comme si ce coup de fil n'avait jamais eu lieu, peut-être devrait-elle rester à Paris et tenter de recoller les morceaux avec son mari, Simon, peut-être devrait-elle s'occuper de ses fils et essayer d'aller bien, d'aller mieux...Mais au lieu de tout cela, Elise va traverser, la France et l'Espagne pour rejoindre ce père tour à tour, craint, adoré, détesté, adulé, dans le fol espoir de guérir de son enfance.

Entre France et Maroc, les kilomètres défilent et avec eux les souvenirs d'Elise : de rares moments de bonheur trop souvent obscurcis par la présence d'un père omnipotent, abusant de son pouvoir sur une épouse follement amoureuse et des enfants obligés au respect. Comment réussir sa vie d'adulte quand un pervers narcissique a bousillé votre enfance? Incapable d'aimer, ce père trimbalait avec lui les blessures de sa propre enfance et ses complexes d'adulte sans savoir les guérir, alors il insultait sa femme et terrorisait ses enfants. Mais le sujet était tabou, Jean-Pierre Amour voulait être un homme fort, sans passé. Alors Elise cherche les circonstances atténuantes en recollant les bribes de ce qui a construit son père : la mort de son père, le départ forcé d'Algérie, sa condition de juif séfarade. Au fil de son voyage, elle va prendre conscience de tout ce qu'il lui a transmis malgré tout, malgré elle et malgré lui. L'antique Renault prend son temps et quand Elise arrive dans un Maroc qui fait sa révolution de printemps, Elise sera prête elle aussi pour le renouveau.
Cette introspection qui prend la forme d'un lent road trip traite de la transmission et des liens familiaux avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse. Poignant à certains moments, drôles à d'autres, le récit d'Emile FRECHE touche le lecteur au coeur et interroge sur l'amour, celui qu'on bafoue, qu'on exprime peu ou mal, mais dont on a tellement besoin pour grandir et pour vivre. Un coup de coeur.

Bête de cirque, récit
28 avril 2013

En 1995, Thiphaine SAMOYAULT se porte volontaire pour enseigner à Sarajevo. C'est la guerre, la ville est assiégée. Mais Thiphaine n'est pas dupe à propos de son engagement, elle est bien consciente de ne pas agir seulement par altruisme. Et elle a honte. En 2010, la voilà de retour en Bosnie, après 15 ans d'absence. C'est l'occasion pour elle d'analyser cette honte qu'elle partage avec sa génération, honte de ne pas avoir connu la guerre, de n'avoir participé à aucun combat. Plus largement, elle explore la honte qu'elle porte en elle depuis toujours.

Page 76, à mi-chemin de la fin, je jette l'éponge. Je ne comprends rien à toutes ces considérations pseudo-philosophiques, à tous ces questionnements oiseux. Trompée par la collection "Fiction & Cie", je me suis retrouvée à lire un essai et non un roman, genre de littérature que je ne prise guère, surtout quand il est indigeste et narcissique, comme c'est le cas ici. Écriture volontairement absconse, posture intellectuelle, propos alambiqués, récit sans intérêt. A fuir.

La disparition de Jim Sullivan
26 avril 2013

A 50 ans, Dwayne Koster avait tout : une femme, deux enfants, une belle maison dans un quartier chic de Detroit, un poste d'enseignant à l'université, des voisins et amis. Une liaison avec une de ses étudiantes plus tard, Dwayne a tout perdu. Il en est réduit à noyer son chagrin dans l'alcool et à surveiller les fenêtres de son ex-femme derrière le volant de sa vieille Dodge de 1969. Susan s'est installée dans une nouvelle maison avec les enfants et, entre tous les hommes de la ville, elle a choisi d'avoir une liaison avec Alex Dennis, un collègue de Dwayne, celui qu'il déteste tout particulièrement. Il n'en faudrait pas beaucoup pour que Dwayne accepte la proposition de son oncle Lee : régler le "problème Alex Dennis" en échange d'un service pas très légal...

Non, ceci n'est pas le résumé d'un roman américain écrit par un écrivain américain mais le roman américain d'un écrivain français qui veut donner à son récit une dimension internationale. Et pour cela, rien de plus simple, il suffit d'appliquer quelques recettes qui ont fait leurs preuves! D'abord, il faut planter le décor -dans son cas ce sera Detroit-, décrire la ville et ne pas oublier d'en rappeler l'histoire. Ensuite, il faut un héros américain, lui choisir un nom qui sonne bien, faire des retours en arrière sur son enfance, raconter ses ancêtres, lui trouver un traumatisme lié à la guerre du Vietnam et, pour finir, le mettre dans une situation difficile. Après, l'histoire roule toute seule entre des description des grands espaces américains, des références obligées à la guerre en Irak et aux attentats du 11 septembre, un zeste d'intrigue policière avec un agent du FBI (mais pas trop si on ne veut pas écrire un thriller), de l'amour, du sexe (hors mariage bien sûr), des motels, des bars (avec une serveuse prénommée Milly), des voisins sympathiques, des barbecues le dimanche, etc, etc.
Cette mise en abyme d'un écrivain qui raconte comment il écrit son roman américain est une réussite totale! On se plaît à décrypter avec lui les codes de la littérature américaine et on se prend à se souvenir de tous les livres qu'on a lus et qui les utilisaient. Et cerise sur le gâteau, on se prend au jeu! Tanguy VIEL a bel et bien écrit un roman américain! On s'attache à son Dwayne Koster si plein de clichés et on veut savoir ce qui lui arrive, ce qu'il va devenir.
Un livre frais, drôle et léger qui remet les pendules à l'heure pour le plus grand plaisir du lecteur.