sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Bête de cirque, récit
28 avril 2013

En 1995, Thiphaine SAMOYAULT se porte volontaire pour enseigner à Sarajevo. C'est la guerre, la ville est assiégée. Mais Thiphaine n'est pas dupe à propos de son engagement, elle est bien consciente de ne pas agir seulement par altruisme. Et elle a honte. En 2010, la voilà de retour en Bosnie, après 15 ans d'absence. C'est l'occasion pour elle d'analyser cette honte qu'elle partage avec sa génération, honte de ne pas avoir connu la guerre, de n'avoir participé à aucun combat. Plus largement, elle explore la honte qu'elle porte en elle depuis toujours.

Page 76, à mi-chemin de la fin, je jette l'éponge. Je ne comprends rien à toutes ces considérations pseudo-philosophiques, à tous ces questionnements oiseux. Trompée par la collection "Fiction & Cie", je me suis retrouvée à lire un essai et non un roman, genre de littérature que je ne prise guère, surtout quand il est indigeste et narcissique, comme c'est le cas ici. Écriture volontairement absconse, posture intellectuelle, propos alambiqués, récit sans intérêt. A fuir.

La disparition de Jim Sullivan
26 avril 2013

A 50 ans, Dwayne Koster avait tout : une femme, deux enfants, une belle maison dans un quartier chic de Detroit, un poste d'enseignant à l'université, des voisins et amis. Une liaison avec une de ses étudiantes plus tard, Dwayne a tout perdu. Il en est réduit à noyer son chagrin dans l'alcool et à surveiller les fenêtres de son ex-femme derrière le volant de sa vieille Dodge de 1969. Susan s'est installée dans une nouvelle maison avec les enfants et, entre tous les hommes de la ville, elle a choisi d'avoir une liaison avec Alex Dennis, un collègue de Dwayne, celui qu'il déteste tout particulièrement. Il n'en faudrait pas beaucoup pour que Dwayne accepte la proposition de son oncle Lee : régler le "problème Alex Dennis" en échange d'un service pas très légal...

Non, ceci n'est pas le résumé d'un roman américain écrit par un écrivain américain mais le roman américain d'un écrivain français qui veut donner à son récit une dimension internationale. Et pour cela, rien de plus simple, il suffit d'appliquer quelques recettes qui ont fait leurs preuves! D'abord, il faut planter le décor -dans son cas ce sera Detroit-, décrire la ville et ne pas oublier d'en rappeler l'histoire. Ensuite, il faut un héros américain, lui choisir un nom qui sonne bien, faire des retours en arrière sur son enfance, raconter ses ancêtres, lui trouver un traumatisme lié à la guerre du Vietnam et, pour finir, le mettre dans une situation difficile. Après, l'histoire roule toute seule entre des description des grands espaces américains, des références obligées à la guerre en Irak et aux attentats du 11 septembre, un zeste d'intrigue policière avec un agent du FBI (mais pas trop si on ne veut pas écrire un thriller), de l'amour, du sexe (hors mariage bien sûr), des motels, des bars (avec une serveuse prénommée Milly), des voisins sympathiques, des barbecues le dimanche, etc, etc.
Cette mise en abyme d'un écrivain qui raconte comment il écrit son roman américain est une réussite totale! On se plaît à décrypter avec lui les codes de la littérature américaine et on se prend à se souvenir de tous les livres qu'on a lus et qui les utilisaient. Et cerise sur le gâteau, on se prend au jeu! Tanguy VIEL a bel et bien écrit un roman américain! On s'attache à son Dwayne Koster si plein de clichés et on veut savoir ce qui lui arrive, ce qu'il va devenir.
Un livre frais, drôle et léger qui remet les pendules à l'heure pour le plus grand plaisir du lecteur.

Bordeaux-Vintimille, roman - Collection

roman - Collection "Ceci n'est pas un fait divers" dirigée par Jérôme Béglé

Grasset

24 avril 2013

Dans la nuit du 13 au 14 novembre 1983, un jeune touriste algérien est insulté, violenté, poignardé et jeté hors du train reliant Bordeaux à Vintimille par trois postulants à la Légion Etrangère, plus ou moins éméchés. Alerté par un contrôleur, la police intervient et arrête les coupables qui seront jugés et condamnés. A part ça tout va bien, l'honneur est sauf pour la SNCF qui n'accusera qu'un retard de 12 minutes sur sa ligne et pour la Légion dont l'officier chargé de convoyer les nouvelles recrues dormait comme un innocent pendant le drame. Trente ans après les faits, Jean-baptiste HARANG revient sur cette affaire qu'il avait couvert à l'époque pour le journal Libération.

Le parti pris ici est de livrer les faits sans fioritures dans un souci de totale objectivité. Qui était la victime? Ses tortionnaires? Comment ont-il passé les quelques heures avant le drame? Que s'est-il passé minute par minute dans ce train? Voilà les questions auxquelles HARANG tente de répondre.
Puis viennent les interrogations naturelles mais dont les réponses restent à l'appréciation des protagonistes : Pourquoi ce crime? Besoin de se défouler avant d'intégrer les rangs de l'armée? Le jeune touriste a-t-il payer le fait de voyager seul? D'être une proie facile à cause d'un physique frêle? D'être arabe? Et pourquoi les nombreux passagers du train sont-ils restés sourds aux appels à l'aide, aux cris de douleur de la victime? Peur? Indifférence? Pourquoi personne n'a pris l'initiative de simplement tirer la sonnerie d'alarme du train? Tant de questions qui resteront sans réponse....Au procès, les agresseurs pensent à sauver leur peau. Ils nient le crime raciste, déforment les faits, se rejettent la responsabilité de leurs actes, l'un d'entre eux réclame perpétuité mais ne donne pas d'explications à son geste.
Un récit intéressant mais qui ne va pas plus loin qu'un long article de presse. Jean-Baptiste HARANG se garde de juger mais il ne peut empêcher son texte d'être orienté vers une culpabilisation des passagers du train, de la police, de la SNCF, la Légion, bref de tous ceux qui n'ont pas agi ou qui ne se sont pas donné les moyens de changer les choses, ou encore qui n'ont pas mené une enquête exhaustive. A raison sans doute même s'il est toujours facile d'être moralisateur après coup. Qui peut dire qu'il se serait mis en travers du chemin de trois légionnaires énervés, armés d'un couteau?
Trente ans après le crime, et compte tenu de la sentence (perpétuité, 14 ans et 20 ans), il aurait été intéressant de savoir ce que sont devenus les meurtriers et aussi de rappeler que malheureusement ce crime n'est pas un cas isolé, il y a en a eu d'autres, il y en aura encore...
Etrange aussi cette volonté d'avoir changé les noms des personnes impliquées alors qu'il suffit de consulter la presse de l'époque ou d'ouvrir une page Wikipédia pour connaitre les véritables identités.
Informatif mais pas assez approfondi.

La Révolution française, roman
22 avril 2013

La Rochefoucauld, un nom à particule qui évoque la vieille noblesse française et ses privilèges, une famille qui vit dans l'or et dans la soie, qui écrit l'Histoire de France depuis des siècles, qui use ses guêtres à la cour des rois, bref le haut du panier conquérant et dominant. Que nenni ! répond le jeune Louis-Henri, son dernier descendant. Halte aux préjugés! Les La Rochefoucauld ont de tout temps été brimés par l'Histoire, malchanceux et décriés. Et si la révolution française leur a donné le coup de grâce, cette déveine et bien antérieure ! Sous Louis IX déjà, François de La Rochefoucauld, pourtant proche du roi, fut assassiné le soir de la Saint-Barthélémy pour avoir fait pencher son coeur du côté des huguenots. Et les exemples sont légion de La Rochefoucauld, raillés, critiqués, tués, guillotinés, toujours du côté des perdants. Avec une telle ascendance, on ne sera pas surpris si Louis-Henri est si peu adapté à la France du XXIè siècle. Comment vivre sereinement quand on se doit de défendre des valeurs dénigrées par le Citoyen et que, sans cesse, on sent le souffle froid de la guillotine sur sa nuque ?!

Belle surprise que cette Révolution française qui offre un moment de détente bienvenu dans la morosité de la littérature française. Le ton est lyrique, enjoué, le second degré est de mise et le tout est savoureux. Louis-Henri de LA ROCHEFOUCAULD s'essaie à l'auto-fiction mais avec les armes de la noblesse et c'est donc jusque dans les livres d'Histoire qu'il peut dénicher ses fines anecdotes. Mais malgré les élucubrations les plus farfelues, les comparaisons qui vont parfois se nicher du côté du troisième degré et l'humour grinçant, on trouve aussi dans ce roman les failles, les blessures d'un jeune homme qui a été élevé comme un anachronisme, peinant à s'intégrer, écartelé entre une éducation rigide et communautaire et l'envie d'être tout simplement "comme les autres". L'auteur en profite aussi pour régler quelques comptes avec la République née de la révolution de 1789 en faisant valoir le fait que ce n'est pas le peuple qui a décidé de liquider la monarchie mais bien les nobles qui, dans un élan libertaire, votèrent l'abolition des privilèges. Un roman loufoque et irrévérencieux qui donne le sourire.

Indigo
19,90
20 avril 2013

Géraldine Legac a quitté sa Bretagne natale, sa famille, ses amis et même sa religion pour suivre Imtiaz, un indien musulman qui a su la guérir d'un douloureux chagrin d'amour. Aujourd'hui,ils sont mariés, élèvent un petit Joseph de 10 mois et vivent à Trivandrum, la capitale du Kérala, un état du sud de l'Inde. Géraldine y est directrice de l'Alliance française et elle s'est lancée, avec peu de moyens, dans l'organisation d'un festival culturel. C'est un peu fébrile qu'elle s'apprête à accueillir ses trois invités français : Charlotte Greene, Raphaël Eleuthère et Roland Weinberg. La première est une enseignante et cinéaste installée à New-York avec son mari et ses deux enfants. Le deuxième est un jeune écrivain du genre taiseux qui vient de publier un roman à succès inspiré de son enfance. Le dernier est un philosophe et essayiste sexagénaire très en vue qui vient accompagné de Renata, sa dernière belle et jeune conquête. Ce petit monde va passer quelques jours dans un palace du bord de mer, participer à des conférences-débats et surtout explorer les vraies raisons qui ont motivé leur participation à ce petit festival.

Une mère de famille pas très vive, un beau ténébreux et un Don Juan sur le retour se retrouvent en Inde où il fait très chaud, où les terroristes islamistes posent des bombes et où les autochtones dépouillent le naïf touriste au détour des ruelles. La jeune expatriée bretonne qui les a invités n'a pas la vie facile si loin de sa famille, la pauvre, et puis, plus jeune, elle a beaucoup souffert : son père est mort dans des conditions dramatiques et son chéri l'a quittée sans un mot d'explication. Maintenant elle a retrouvé l'amour et elle a un bébé, ce qui ne l'empêche pas de se lancer dans un corps à corps torride avec celui dont elle était amoureuse en secret quand elle était adolescente. Finalement, il ne se passe pas grand chose dans ce roman qui se veut profond mais qui ne vaut guère plus qu'un roman de plage. La lecture est facile, fluide mais on perd le compte des points faibles : psychologie de bazar, personnages caricaturaux, clichés en tout genre agrémentés de pseudo-remises en questions, de questionnements oiseux sur la vie, l'amour, l'amitié, la mort et, pour corser le tout, une tentative d'exotisme à la sauce indienne et un soupçon de sexe interdit, sans oublier le "rebondissement " final. Une auteure qui fait l'objet de nombreux éloges, il faut donc croire qu'elle n'était pas au mieux de sa forme pour son dernier opus....