Clara

http://claraetlesmots.blogspot.fr/

Une lectrice sans prétention, amoureuse de la vie qui habite au bout du monde (ou presque). Et un blog pour parler lectures : http://claraetlesmots.blogspot.fr

A l'abri de rien

Éditions de L'Olivier

18,30
28 août 2009

UN CATACLYSME

Pas un choc mais un cataclysme titanesque, démesuré qui m’a laissé sans voix, inerte et abasourdie.
Oh que oui, on est à l’abri de rien après avoir lu ce livre , au contraire, on n’est plus qu’un torrent de remous, balloté d’émotions. Pas n’importe lesquelles, non, celles qui forment un nœud dans la gorge et qui vous envahissent.

On se laisse transporter dans le tourbillon de sa plume. Il va au plus profond, au plus noir de l’âme humaine , et c’est criant de vérité. La vérité que l’on comprend, celle pour laquelle on se révolte ou celle qui est cinglante .
Mieux qu’un psy, Olivier Addam décortique les rapports , il décrypte les comportements humains. Il réussit à se glisser dans la peau de ses personnages avec une sensibilité si singulière et si touchante, et comme par magie, ces personnes avec leur vécu, leur passé qui les ont façonnés, se croisent, se rencontrent ou s’éloignent. C’est tout simplement beau.

Les hypersensibles, les écorchés à vif ne pourront que tomber à la renverse et adorer Olivier Adam.

La Reine du silence

Marie Nimier

Folio

7,40
28 août 2009

SE MONTRER TEL QUE L'ON EST...

Un auteur qui ose montrer ses failles et qui dit tout sur ses relations avec son père. C’est rare, très rare qu’un écrivain nous fasse entrer dans les vicissitudes de son intimité. Marie Nimier le fait dans « La Reine du silence ». Un livre bouleversant de pudeur où elle confie ses interrogations, ses doutes sur ce père. Il aurait été facile de mettre en avant un type formidable, le père idéal et d’en faire que des éloges mais non, elle met le doigt là où ça fait mal : des remises en question sur l’amour paternel, et sur soi-même.

Comme dans « les inséparables », elle raconte du réel, son vécu ce qui met en avant Marie Nimier en tant que qu’une personne comme vous et moi. Elle ne se place pas sur un piédestal car elle fait part de ses confidences, de sa vie.

No et moi

Le Livre de Poche

6,40
28 août 2009

ECOPER LA MER

Bingo, je me suis faite avoir encore comme une jeune novice !

Je suis sous le choc, je ne suis plus qu’une « zone instable » comme si un tsunami venait de balayer mes pensées, mes idées. Juste un livre, un seul, a suffi pour provoquer autant de remous et pour que toute ma sensibilité remonte à la surface.

Un style limpide et touchant, des mots simples pour décrire des situations graves, il n’en fallait pas plus… Pas plus pour que l’émotion me noue la gorge et forme une boule dans l’estomac, pas plus pour que je n’arrive pas à remettre un pied dans mon quotidien… Comme si tout m’échappait une fois de plus, parce qu’il va me falloir du temps pour m’en remettre. Je ne sors jamais indemne de certaines lectures avec l’impression d’avoir été quelqu’un « avant » et de devenir une autre « après ».

Les enfants vont rentrer dans moins d’une heure et je vais assister impuissante au flot de leurs questions « je peux prendre un bonbon ? C’est vendredi, je peux faire un peu d’ordi » ou de comprendre quoi que ce soit au programme du week-end mon aînéée. Je n’y peux rien, ce n’est pas de ma faute alors je vais aller m’isoler un peu dans ma chambre pour digérer, pour pouvoir toucher à nouveau ma vie, mon train-train. Je voudrais pouvoir passer outre toutes ces émotions, les balayer d’un seul coup de revers de main, en faire table rase mais elles sont trop fortes, trop puissantes pour moi.

On me demanderait de vider la mer avec un petit seau de plage, le résultat serait le même… Alors, je vais écoper le trop plein à mon rythme.

Caresse de rouge
28 août 2009

UN COUP DE POING

J’ai été à la plage. Assise sur ma serviette de bain, je contemplais la pièce de théâtre immuable qui se jour chaque année avec des acteurs différents. Des familles entières arrivaient et prenaient place méthodiquement selon de rituels bien précis. Monsieur qui se chargeait de du parasol et de porter les sacs les plus lourds ou les plus encombrants, Madame qui appliquait à tout le monde de la crème solaire, les enfants impatients d’aller mettre les pieds à l’eau avec leur casquette ou leur chapeau flambant neuf. Les petits faisaient des châteaux de sable, les personnes plus âgées et silencieuses étaient plongées dans leurs grilles de mots croisés ou leur lecture. Des grappes de jeunes riaient penchés à leur téléphone, les garçons observaient les filles et inversement.
Les mamans qui appelaient leurs enfants « Théo n’embête pas ta sœur », « Clémentine ne t’éloigne pas », les gens qui bronzaient, ceux qui se promenaient ou ceux qui marchaient au bord de l’eau à l’endroit où elle lèche les mollets et essaie, par de petits clapotis, d’atteindre les genoux. Les ballons, les maillots bain, les serviettes, le soleil tout ce qu’il faut était bien là.

J’avais amené un livre comme d’habitude d’un auteur qui m’était jusque là inconnu. Jeudi dernier, je disais à la libraire « je veux des lectures qui me donnent une claque, qui m’étourdissent et me donnent le vertige », j’étais bien loin d’imaginer que ce n’était pas une simple gifle que j’allais recevoir en pleine figure. Il était là entre mes mains mais très vite c’est moi qui me suis retrouvée piégée par l’histoire et par la pudeur qui s’en dégageait.

Je n’entendais plus rien des enfants qui riaient, je ne voyais plus le va et vient de gens qui s’installaient ou ceux qui ramassaient leurs affaires. Plus rien n’avait d’importance sauf ce livre, il aurait pu se mettre à pleuvoir, je n’aurais pas bougé. Je lisais et j’étais seule avec Félix qui me racontait sa vie. Au fils des pages, il se dévoilait me confiant ses craintes de devenir papa puis les jours heureux et le drame. En toute simplicité, il se montrait avec ses blessures, ses failles et tout ce temps à combler depuis qu’il avait perdu son fils. L’amour qu’il lui portait se révélait de en plus de plus démesuré, obsessionnel et égoïste.

Quand j’ai fini le livre, j’ai regardé autour de moi pour reprendre contact avec la réalité. J’avais besoin d’entendre les éclats de rires portés par le vent, de voir les gens parler ou somnoler. Une boule dans la gorge, je remplissais rapidement mes poumons d’air pour me sentir bien vivante, il le fallait.

La plage se noircissait de monde et pour une fois j’étais contente d’entendre le bruit celui du sable sous les chaussures, celui des farandoles de prénoms d’enfants et les discussions.

Car à la dernière page, il m’a confié la vérité sur la mort de son fils et j’ai alors reçu un coup de poing d’une violence sans précédent à l’estomac. Une violence furibonde aux relents nauséeux qui m’a assommée…

La sensibilité d'une femme dans l'écriture d'un homme. Bouleversant de vérité, et de détresse ... La détresse sous tous ses angles : celle qui émeut, celle qui déconcerte ou encore la plus dangereuse celle qui fait perdre pied. Je ne vous en dis pas plus car le dénouement est inattendu, effroyable.
Soyez bien accroché car c'est une lecture dont on ne sort pas indemne...

Le rapport de Brodeck

Philippe Claudel

Le Livre de Poche

7,20
28 août 2009

MERVEILLEUX CLAUDEL

Se lancer à lire Philippe Claudel c’est d’abord envisager de passer des heures, des journées entières où l’on se retrouve piégé par l’histoire et l’intrigue. On ne peut pas leur y échapper, elles nous obsèdent, nous hantent. Elles mettent à jour des émotions puis les intensifient, les projettent violemment comme l’écume de la mer déchaînée sur les rochers.

« Le rapport de Brodeck » est admirable et le thème de la guerre, cher à cet écrivain, est omniprésent. La guerre avec ses effrois, ses abominations, et la peur qu’elle engendre. Cette peur qui pousse l’homme, qui l’accule à commettre les actions les plus viles et les plus empreintes de lâcheté. En filigrane, on se pose des questions et l’on pense à ceux qui ont vécu cette période.
Tout le monde est concerné par la guerre : un grand-père ou un arrière grand-oncle lui aussi déporté et qui en est revenu un jour alors que toute la famille avait perdu espoir. Des hommes et des femmes brisés à tout jamais. Certains d’entre eux n’ont pas voulu en parler tellement l’horreur était à son apogée mais ils n’ont jamais pu oublier ce qu’ils avaient vu et subi. Comment oublier ces souffrances physiques, morales et cette humiliation qui fait vomir, qui fait penser que l’on est plus rien, ni personne ? Impossible…