Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

par
26 avril 2022

Deuxième tome avec Karl Kane, l'archétype du privé : divorcé, deux enfants, une ex avec laquelle les rapports sont tendus, pareil pour les flics du coin, toujours à la recherche d'une affaire juteuse car les finances sont systématiquement au plus bas, joueur, louant un bureau qui lui sert d'appartement et entretenant une relation très suivie et parfois houleuse avec sa secrétaire. Une fois que l'on a dit cela, on pourrait croire que l'on se trouve dans un énième roman de détective, mais c'est sans compter avec le talent de Sam Millar qui connaît et décrit les bas-fonds de Belfast comme personne et aime plus que tout autre mettre en ses histoires des personnages hors normes telle Ivana, transsexuelle pilier du bar gay le Billy Holiday's, voisin du bureau de Karl et grande amie du couple Karl-Naomi. Il y a l'histoire aussi bien sûr et les difficultés qu'éprouve Karl à enquêter dès lors que la police lui met des bâtons dans les roues ou que lui-même fonce sans réfléchir et donc mesurer les conséquences de ses emportements. Si l'on connaît le présumé coupable assez vite, Karl le sait au fond de lui, le suspense est maintenu par son machiavélisme, son aptitude incroyable à se sortir de toutes les situations et les doutes quant à la possibilité du détective à le confondre.

Et puis, il y a le franc-parler de Karl, ses réparties cinglantes, sarcastiques, ironiques et drôles :

-"Tu soupçonnes tout le temps quelqu'un de quelque chose. C'est ta nature qui est soupçonneuse, Hicks.

- De quoi s'agissait-il ? demanda Naomi qui avait attendu que Karl mette fin à la communication.

- C'était Hicks. On dirait que Belfast a un serial killer sur les bras, et que la merde ne va pas tarder à percuter le ventilateur." (p. 74)

L'écriture de Sam Millar est un pur bonheur et est magnifiquement traduite par Patrick Raynal, lui-même auteur de polars. Franchement, j'en redemande, c'est pourquoi j'ai déjà le tome 3 en stock...

Pegon Nicolas

Denoël

24,90
par
26 avril 2022

A la lecture du titre, de l'extrait de la chanson et de quelques cases représentant Elvis, nul doute que Hound dog s'est imprimé dans mes neurones et qu'il ressort dès que je croise la couverture. Mais bon, ça va, c'est Elvis...

Étrange album qui débute par un brainstorming dans le monde de la publicité et enchaîne sur une chorégraphie du King puis un réveil difficile pour César. De grands cases muettes succèdent à d'autres qui ont du dialogue, mais assez peu, les (anti)-héros sont peu diserts. J'aime beaucoup. Beaucoup de références, celles de la quatrième de couverture ci-dessus citées, mais aussi Quentin Tarantino qui décrit de merveilleux poissards et d'autres que j'oublie ou que je n'ai pas. J'aime l'ambiance que Nicolas Pegon crée avec ses personnages décalés, has-been, blasés, anachroniques, son histoire assez simple et brillamment menée : grandes cases très colorées, environnement où tout est désolé, cassé. J'aime les gueules qu'il dessine. Le presque immobilisme de César et Alexandre qui s'animent quand ils flairent qu'il n'est pas normal que ce chien les suive sans qu'on lui demande.

"You ain't nothin' but a hound dog

Crying all the time

Well, you ain't never caught a rabbit

And you ain't no friend of mine" (Elvis Presley, Hound dog, 1956)

test

3, Prospective et futurologie

Casterman

22,00
par
26 avril 2022

Très très bel album, et ce compliment vient d'un lecteur pas particulièrement amateur d'histoires peuplées d'êtres et de mondes qui empruntent à la fois à la science fiction, à la mythologie et aux légendes. Il débute par des pages superbes en noir et blanc, muettes, aux détails importants et continue en noir et blanc avec des paroles. Il y a le monde des puissants, des envahisseurs qui s'oppose à la sagesse, la tranquillité et la méditation du prêtre. Difficile en ce moment de ne pas faire l'analogie avec l'ogre russe à l'assaut de l'Ukraine, mais il est vrai que cette histoire peut coller à toutes les guerres. Pas super originale, mais bien tournée et bien menée, j'aime beaucoup l'histoire qui puise dans les légendes, qui ménage un certain suspense ou tout du moins une tension sur les véritables raisons du massacre des Kévarks et sur le tour que prendra la vengeance du prêtre. Et le dessin est convaincant, superbe de détails. Les personnages sont reconnaissables, le trait est clair et le noir et blanc du plus bel effet.

Enfin, bref, c'est un album que je conseille fortement, qui m'a permis de (re)découvrir un genre que j'avais mis de côté depuis assez longtemps et un bédéiste très talentueux.

Giancarlo De Cataldo

Anne-Marie Métailié

19,00
par
17 avril 2022

Rome comme on ne l'a jamais vue -ce qui est vrai, je ne l'ai jamais vue, mais ne désespère pas d'y aller un jour. Rome dont l'auteur, magistrat dans la ville connaît tous les recoins, l'humeur, l'odeur. Rome est un contexte géographique remarquable dans une intrigue qui ne l'est pas moins. Entre des hommes qui aiment dominer des femmes et en faire leurs objets, des tortionnaires sadiques, hauts placés donc protégés, des femmes souvent des étrangères qui tentent de gagner suffisamment pour retourner vivre chez elles, des flics corrompus, l'enquête n'est pas de tout repos. Il y a des manipulateurs, des manipulés, des manipulés-manipulateurs et des manipulateurs-manipulés, si bien qu'on ne fait confiance à personne et que tout le monde est suspect si ce n'est du crime au moins d'autres méfaits pas plus glorieux. C'est dans ce panier de crabes que les trois amis doivent plonger. Et eux-mêmes, sont-ils exempts de reproche ? En dix ans, n'ont-ils pas commis d'actes délictueux ?

Et Giancarlo de Cataldo d'avancer ses pions et nous de s'enfoncer dans une noirceur et un flou total. Il nous balade, nous promène tout au long de son histoire, nous perd. Son récit, malgré les multiples directions qu'il prend va à l'essentiel. Ses personnages sont succinctement décrits mais on en sait suffisamment pour les cerner ou croire qu'on les cerne, mais les surprises affluent. Bref, un roman noir tortueux, maîtrisé de bout en bout, un de ceux dont on se demande comment on va en sortir et dont on aimerait qu'il se poursuive un peu...

18,00
par
17 avril 2022

Le facteur à bicyclette rouge sillone le village de Yahwari en Corée. Il est parfois le seul lien des habitants vieillissants avec autrui. Au fil des quatre saisons, il voit les champs, jardins, arbres changer, et les hommes et les femmes vaquer à leurs occupations.

La bicyclette rouge est un recueil d'histoires courtes, des nouvelles dessinées, qui racontent la vie dans la campagne de Corée, loin des villes vers lesquelles les jeunes se tournent pour trouver du travail mais aussi pour leur attrait. Tout est doux, légèrement suranné, le mot le plus violent du livre doit être "ringard" adressé à une vieille femme pour la décoration intérieure de sa maison. tou est tranquillité, calme et bienveillance pour reprendre un terme tellement à la mode qu'il en est galvaudé. Un pur moment de poésie, autant par les situations, que les textes que les dessins empreints eux aussi d'une grande douceur, dans les traits, les couleurs, les paysages. Même l'hiver qui peut être rude dans le village est d'humeur joyeuse. Les habitants sont farceurs, taquins, solidaires même si l'individualisme commence à poindre avec les enfants et petits-enfants des villes qui viennent rendre visite à leurs parents ou grands-parents, apportant cadeaux, montrant leur réussite sociale vec les voitures...

Un moment de lecture qui fait beaucoup de bien, qui donne le sourire et incite à regarder le monde différemment, positivement.