Yv

http://lyvres.over-blog.com/

Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Rene Karabash

Belleville Éditions

18,00
par
11 mai 2022

Sur des thèmes lourds, Rene Karabash écrit un texte pas aisément abordable mais qui, une fois que l'on a fait l'effort d'y entrer, révèle toute sa force et sa beauté. Il faut aimer ou se laisser séduire par l'absence de ponctuation -sauf la virgule-, par l'art du contournement qui consiste à ne pas aller par le chemin le plus direct pour décrire un fait. C'est joliment fait, souvent très poétique -la mise en page participe de cette sensation de poésie.

Ce n'est pas léger, Rene Karabash y aborde les traditions violentes et patriarcales albanaises "ici, il y a beaucoup d'hommes qui meurent, c'est l'impôt du sang, tout tourne autour du Kanun" (p.29), où le droit des femmes n'existe pas, où la seule manière de vivre libre lorsqu'on est femme est de devenir une ostaïnitsa, un homme quoi. Sinon, elle se soumet aux hommes et au Kanun : "il en a toujours été ainsi, à l'époque turque, au moment des occupations, durant la Première et la Seconde Guerres mondiales, aujourd'hui et demain, le Kanun ne connaît pas les lois du temps, ma fille, je ne veux pas t'entendre, le mariage est un marché, l'amour est une faiblesse, le mariage ne peut pas être défait une fois qu'il a été conclu, donc, fais preuve d'intelligence" (p.50). Et que penser des sexualités autres que l'hétérosexualité qui ne sont même pas envisagées ?

Le roman est dur, fort et beau. Bekia est un personnage qui ne se laisse pas faire, qui marque durablement les esprits des lecteurs.

Rene Karabash est bulgare, et tradition chez Belleville, l'illustratrice de la couverture, Teodora Simeonova, l'est aussi.

Jérémy Wulc

Pygmalion

19,90
par
11 mai 2022

Ce roman, un peu long -presque 400 pages- pourrait être un résumé de divers romans du genre. Tout au long de ma lecture, et notamment au début, le temps de faire connaissance avec les flics, les lieux et les meurtres, j'ai eu l'impression de relire un ou plusieurs romans. Comme si Jérémy Wulc avait puisé dans une base de données et avait pris des petits bouts ici et là pour construire son propre roman. Rien de bien original, sauf peut-être Stanislas Diamick, accro à la malbouffe -même s'il a tendance à se fournir chez Chérif, le meilleur Kebab de Paris- et aux sodas sucrés. Le pire est atteint avec ce passage, facilité qui m'agace, n'apporte rien voire alourdit le texte et que l'on trouve pourtant régulièrement dans des livres ou des séries :

"- Si on était dans un roman de Maxime Chattam, on aurait d'autres victimes dans les jours qui viennent.

- Ce qui est bien, c'est que nous sommes dans la vie réelle, pas dans un thriller..." (p.40)

Malgré tout cela, ce polar se lit avec plaisir grâce à l'arrivée pour ne pas dire l'irruption d'une enquêtrice, Justine, jeune flicque au caractère bien trempé qui va s'affirmer auprès des flics aguerris. Puis l'énigme s'épaissit pour eux comme pour nous et l'on se demande bien comment les enquêteurs vont parvenir à confondre le ou les tueurs et quelles sont les mobiles de ce(s) dernier(s).

L'enquête nous fera connaître davantage le monde des satanistes, mais aussi celui des loges maçonnes -rien à voir entre les deux, mais les deux pistes seront suivies- nous révèlera quelques secrets sur les monuments de Paris dont je ne sais s'ils sont réels ou fictifs. A vérifier sans doute.

Un polar qui se suit très agréablement malgré ses défauts, un peu comme une série télévisée, qui, s'il ne bouscule pas le genre, fait passer un bon moment, ce qui est déjà un atout indéniable et appréciable.

L'histoire véritable du favori qui fascina puis défia Louis XIV

Michel Ruffin

Lbs

18,00
par
11 mai 2022

Antonin Nompart de Caumont, marquis de Puyguilhem -prononcé à l'époque, Péguilin-, futur duc de Lauzun (1633-1723) est un militaire, qui arrivé à 14 ans à Paris est élevé par le maréchal de Grammont, cousin de son père. Il entre à l'académie militaire et devient un favori du jeune Louis XIV qui aime beaucoup son audace, son franc-parler et ses réparties qui peuvent faire très mal aux réputations.

Lauzun se distingue sur les champs de bataille par un courage qui frise l'inconscience, mais il est également brillant avec les dames, multipliant les conquêtes, s'attirant l'amour fou de la Grande demoiselle, Mlle de Montpensier, cousine du roi, l'une des plus grandes fortunes du royaume.

Michel Ruffin signe un roman qui prend ses sources dans la réalité, il semble même que le terme roman soit davantage pour fluidifier le texte, pour le rendre plus abordable qu'une biographie, s'accorder quelques ellipses car, d'après ce que j'ai lu sur Lauzun, tout est vrai. Il fut un personnage incroyable. D'une constitution remarquable puisqu'il vécut jusqu'à 90 ans passés et vert jusqu'au bout, tant physiquement que verbalement, toujours cinglant dans ses remarques. Cet homme sut, par son courage, par sa vie, ses vacheries, sa flagornerie, ses manœuvres pour obtenir de l'avancement, s'attirer la sympathie mais aussi des inimitiés éternelles, notamment celle de Louvois, l'un des ministres les plus influents du règne de Louis XIV qui commença secrétaire d'état à la guerre succédant ainsi à son père. Et d'intriguer auprès du roi et de ceux qui lui parlent à l'oreille pour avoir le commandement de tel régiment, le plus prestigieux si possible. Et de sauter de couche en couche avec des femmes mariées ou pas. Il a des côtés chevaleresques, se met en péril pour un bon mot, le paiera cher et fera tout pour revenir en grâce. Il est aussi agaçant de flatterie, de courbettes aux puissants qu'il est éclatant de courage et d'esprit, c'est d'ailleurs cela qui le sauvera d'une disgrâce -voire pire- à vie.

Michel Ruffin a une plume vive, alerte et ne cache pas une certaine admiration pour Lauzun -mais qui ne l'a pas à la lecture de ses actes ?- sans pour autant le ménager dans ses excès. Et de nous plonger à la cour de Louis XIV qui fut sans doute le règne le plus flamboyant, celui des courtisans les plus zélés, pour peu que l'on se place du côté des puissants, car du côté des gens du peuple, le constat est sans doute plus dur. Je ne suis pas un spécialiste en histoire, mais je m'y intéresse et jamais je ne me suis senti perdu. Tout est resitué dans l'époque, dans les guerres en Europe pour le pouvoir.

C'est vraiment un bouquin passionnant pour lequel le terme de roman est bien choisi, car la vie de Lauzun en fut un, une série d'aventures, de hauts et de bas. Dès lors, pourquoi inventer lorsqu'on tient un personnage comme icelui ?

Sylvia CAGNINACCI

Atelier in8

17,00
par
26 avril 2022

Court roman de Sylvia Cagninacci paru chez In8, une maison d'édition que j'aime beaucoup, qui sort des textes forts, puissants. Celui-ci l'est également. Il joue avec les retours en arrière qui expliquent la détérioration de la situation familiale et les descriptions du présent à travers les yeux de l'enfant : "Entre maman qui m'avouait ne pas toujours habiter sa tête, les G.I. Joe qui habitaient encore de temps en temps la mienne, et papa qui mélangeait tout, je nous ai vus vraiment mal barrés." (p.32). C'est le récit d'un couple qui se détruit. Les deux s'aiment mais ne parviennent pas à faire autrement que se blesser, parfois littéralement, surtout lorsqu'il a bu, et il boit beaucoup et souvent. Ange, c'est le héros du village : il a belle prestance, parle haut et fort, fait tourner quelques têtes, certes il a l'hérédité d'une famille de fous, mais il donne le change. Elle, Noëlle, est à peine vue, derrière la carrure de son mari, et pourtant sans elle, il s'écroulerait. C'est une histoire malheureusement et tristement banale de violence conjugale, d'une femme qui ne sait pas qui ne peut pas s'en aller et qui tente de protéger son fils tout en ne l'éloignant pas de son père. L'autrice montre bien la difficulté de prendre la décision. Rester et subir ou partir et se priver de son amour et de l'amour du fils pour son père et du père pour son fils ?

C'est très joliment écrit. La violence est présente, la douceur également et l'amour itou. Sylvia Cagninacci flirte avec l'irréel, le surnaturel pour décrire la violence, la peur, les regrets. C'est parfois très cru, d'autres fois plus poétique -encore que la poésie peut être crue, sûrement. Sur un thème qui revient beaucoup dans les romans récemment parus, les violences familiales, Sylvia Cagninacci apporte une touche originale.

Abécédaire illustré

Goater

14,00
par
26 avril 2022

Stéphane Pajot est journaliste à Presse Océan et collectionneur de cartes postales anciennes. Il aime aussi les bistrots, ces lieux de convivialité dans lesquels, nul n'est besoin de se torcher pour prendre du bon temps, mais bon, ça peut arriver.

Dans ce livre, il a glané des brèves parues dans la presse, récolté des mots, des expressions en rapport avec la boisson et illustré le tout avec certaines cartes postales très parlantes, parfois humoristiques, parfois publicitaires, à l'époque ou la réclame sur les alcools n'était point proscrite.

Et le lecteur de s'apercevoir que le nombre de synonymes de bourré, saoul, pompette, déchiré... est inépuisable et fait appel à des images et à une langue argotique très fleurie : aviné, blindé, bombardé, cuivré, décalaminé, démâté, décalqué, éméché, empétoulé,.... et je me suis arrêté au "e".

Un dictionnaire décalé richement illustré qui fera moins mal à la tête qu'une cuite.

En ce lendemain de second tour des présidentielles, certains auront peut-être abusé hier soir pour fêter une victoire ou plus sûrement pour oublier. Dans ce cas, attention, la cuite risque de durer cinq années, il faut donc s'armer d'un bon dictionnaire pour enrichir son vocabulaire.