En raison des circonstances actuelles, nos librairies sont fermées et aucune expédition ne pourra être assurée pour une durée indéterminée.

Yv

http://lyvres.over-blog.com/

Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

La bande mystérieuse

Maxime Audouin

OXYMORON Éditions

par
23 mars 2020

Une mystérieuse bande sévit en Eure-et-Loire, délestant ses victimes de toutes leurs valeurs, les laissant sans souvenirs des événements, mais jamais violentés. L'inspecteur Javert, de la sureté nationale est sommé de régler ce problème en quinze jours, les notables commençant à s'inquiéter.

Il est des gens qui n'ont pas de bol au départ. Maxime Audouin fut de ceux-là. Né Léon Eugène Delacroix en 1858, soit 5 ans avant la mort de son homonyme peintre célèbre. D'abord enseignant, il devint directeur et rédacteur-en-chef de journaux basés au Pouliguen, commune dans laquelle il meurt en 1925. Il prit le patronyme de sa mère comme pseudonyme et écrivit beaucoup de contes, nouvelles et romans parus en feuilletons dans la presse.

J'ai découvert les éditions Oxymoron il y a quelques jours, elles proposent des livres numériques gratuits pour combler les longues journées. Des petits livres d'auteurs peu connus. Belle idée, car c'est souvent de belles découvertes. Maxime Audouin, par exemple, use d'une belle langue, celle d'il y a un siècle, un poil désuète et qui donne à son court roman des airs et senteurs de belle époque. On sent l'influence de Gaston Leroux, Maurice Leblanc, on y retrouve la même atmosphère. Certes, on peut reprocher une certaine concision et rapidité dans l'enquête qui laisse de côté des détails. Mais franchement, je me suis fait plaisir, et comme j'ai téléchargé pas mal de livres des éditions Oxymoron, je pense continuer dans ce sens. Il faut accepter de lire en numérique -sur liseuse, tablette ou ordinateur-, mais confinement oblige, les livres papiers sont plus difficilement accessibles. Un petit extrait pour finir, délicieux dans son verbe :

"Hypothèse inadmissible ; avant de m'échouer sous ce pommier, rien que pour franchir les trente ou quarante pas qui me séparaient d'une route voisine, il m'eût fallu patauger dans une vase marneuse, détrempée par les pluies de la semaine dernière, qui eût laissé des maculatures sur mes chaussures et mon pantalon. Or, pantalon et chaussures étaient à peu près nets de boue ; seul, le dos de mon pardessus témoignait d'un contacte prolongé avec le sol." (p. 7)

PS : d'autres sites proposent de livres numériques gratuits, souvent des textes anciens, une bonne manière de lire des classiques ou des auteurs oubliés.

Le hérisson d'Europe, description, comportement, vie sociale, mythologie, observation

description, comportement, vie sociale, mythologie, observation

Delachaux et Niestlé

par
23 mars 2020

Vous voulez tout savoir sur le hérisson ? Après cette lecture, ce sera le cas.

Je m'étais dit que je ne chroniquerai plus sur le blog des livres de ce genre, puisqu'ils ne représentent pas mes lectures habituelles. Ok, mais là, on parle du hérisson, ce petit animal qui traîne dans le jardin, qui mange parfois les croquettes du chat que je laissais dehors lorsqu'icelui était de sortie, je sais que le hérisson se servait, pris en flagrant délit plusieurs fois en rentrant la nuit tombée. J'en ai même vu un, de jour, qui furetait sur la pelouse et que j'ai filmé. Tout cela pour dire que c'est un petit animal que j'aime bien, donc en apprendre sur ses très lointaines origines, ses habitudes, sa vie son œuvre, ça m'a bien plu. Considéré longtemps comme un nuisible, il est plutôt vu désormais comme un aide-jardinier qui croque limaces et escargots. Tous les aspects de sa vie sont abordés et bien sûr sa fin sur nos routes, mais aussi les moyens de les protéger.

Très bon guide. Le hérisson ne pourra plus rien vous cacher désormais.

Vie de Gérard Fulmard
par
23 mars 2020

C'est à la liseuse que j'ai savouré ce roman de Jean Echenoz, un moyen que je n'aime pas beaucoup, rien ne vaut le papier, mais il faut avouer que c'est pratique et moins cher. Je disais donc que j'ai savouré. De bout en bout. J'aime tout chez cet écrivain. Ses histoires et ses personnages et son style, son ton. Son histoire part un peu dans tous les sens et l'on se demande comment Gérard Fulmard pourra être mêlé à la disparition de Nicole Tourneur, mais tout fonctionne. Il faut dire qu'avec pas mal de fantaisie, d'espièglerie, Jean Echenoz nous fait croire à tout ce qu'il écrit. Et ses personnages, Gérard Fulmard en tête ; qui peut résister à ce portrait : "... je ressemble à n'importe qui en moins bien. Taille au-dessous de la moyenne et poids au-dessus, physionomie sans grâce, études bornées à un brevet, vie sociale et revenus proches de rien, famille réduite à plus personne, je dispose de fort peu d'atouts, peu d'avantages ni de moyens." (p. 17)

Mais ce qui me plaît le plus c'est l'écriture de Jean Echenoz. Ça se joue à rien, un mot inversé dans la phrase, une figure de style qui change tout, un mot rare, juste comme ça, sans affèterie, juste pour le style, qui peut être suivi d'un terme familier voire argotique, un ton entre l'ironie, la drôlerie, le décalé. Ses nombreuses parenthèses, "c'est toujours le même problème avec les parenthèses : quand on les ferme, qu'on le veuille ou non, on se retrouve dans la phrase...", n'alourdissent pas le texte, elles l'enjolivent. Quand je dis que le style Echenoz est simple, évidemment n'entendez point que n'importe qui le pourrait imiter, la simplicité demande souvent beaucoup de travail et du talent.

Excellent, je me demande même si je ne vais pas aller me procurer la version papier.

Les enquêtes de Cicéron / Descente à Ménilmontant : Paris XXe
par
23 mars 2020

Jojo la Perdrix, un truand d'envergure locale s'est évadé de prison, a sans doute commis plusieurs larcins, des cambriolages de vieilles dames qui lui ont rapporté pas mal, avant de réintégrer sa cellule. Le commissaire Théophile Saint Antoine n'est pas vraiment sûr de son indic, Lili qui a fait tomber Jojo. Il demande donc à Cicéron de la surveiller. Sitôt dit sitôt fait d'autant plus que tout cela est loin d'être officiel et est bien payé. Avec ses acolytes, René presque redevenu lui-même après son AVC et Momo, toujours manchot, Cicéron se met en planque. Sans oublier Vanessa la fliquette avec qui Cicéron est comme qui dirait en train de commencer une officialisation de leur relation.

Ce sont les rues de Belleville et de Ménilmontant voire même les ruelles, les plus cachées qui sont le terrain de jeu de la fine équipe cette fois-ci. Quand le commissaire débloque, il faut bien que quelqu'un assure, et c'est à Cicéron que la tâche est confiée. Heureusement qu'il est bien épaulé et que ses collègues bras cassés -un seul pour Momo- assurent eux-itou. Pour l'intrigue, je vous laisse juges, moi j'ai aimé me promener dans ce quartier parisien, planquer avec Cicé et tenter de comprendre pourquoi Saint Antoine débloque et j'ai réussi à tout capter. En outre, je me suis marré, comme d'habitude, René est délicieux de franchise, de conneries dites ou faites -c'est le Béru de Cicé, la référence est revendiquée- et surprenant lorsqu'il fait preuve de talents insoupçonnés et fait avancer l'enquête à vive allure.

Cicéron lui, se pose des questions : ses maîtresses épisodiques lui ont signifié leur abandon, il s'installe progressivement avec Vanessa, c'est nouveau pour lui, mais est-ce bien raisonnable ? Plus question, pour le moment, de mugueter la première rencontrée.

Bon, ben, voilà, j'ai tout dit. Ah non, un dernier truc : lisez Cicéron Angledroit, c'est vachement bien, on rit, on tremble, on s'émeut -si si sous ses grands airs de macho, il est émouvant Cicéron- et on attend la suite...

Comment j'ai rencontré les poissons
par
23 mars 2020

Otto Popper (1930-1973), dit Ota Pavel, est pragois. Son père Leo Popper est un homme fantasque, toujours une bonne idée en tête, de celle qui le rendra riche. Plusieurs fois, grâce à son talent de vendeur, il fut le meilleur vendeur du monde d’aspirateurs et de réfrigérateurs chez Electrolux, et plusieurs fois décoré pour ses faits d'armes, il gagnera beaucoup d'argent, puis le perdra. Mais la passion de Leo, qu'il transmettra à ses trois fils, et surtout à Otto est la pêche. Ils courent ainsi les rivières et les lacs à la recherche de divers poissons, autant pour le plaisir de les pêcher, de les tenir en mains, que de les déguster.

Ce titre, paru en 1971 est le récit de l'enfance d'Ota. Totalement insouciante jusqu'à son adolescence, Leo est tellement charmeur et extravagant qu'il change tout en véritable joie. Puis la guerre survient et le départ des deux grands frères d'Otto vers les camps ainsi que leur père. Herminia, la mère des garçons est chrétienne, mais Leo est juif.

La jeunesse d'Ota fut difficile parce que dans des périodes troublées dans son pays,et contre toute attente, joyeuse. A travers de nombreux courts chapitres, il raconte de manière enjouée, sans nostalgie ce qu'il vécut dans cette famille aimante et pas banale. Il dit aussi les privations de la guerre, le statut de juif, l'occupation nazie, mais il a toujours une pirouette en fin de chapitre pour rendre tout cela moins plombant. "Une lecture physiquement contagieuse, qui produit des bulles de joie sous la peau" à écrit Erri De Luca. J'opine. Il est même surprenant de ne le lire que maintenant, paru une première fois en France en 2016 aux éditions Do et donc en 2020 chez Folio. Deux phrases résument assez bien Leo, suite à une idée farfelue : "Notre maman déclara que seul papa pouvait inventer une connerie pareille, mais papa n'en tint aucun compte. Lorsque j'y repense aujourd'hui, je dois donner raison à papa, ce fut spécial et magnifique." (p. 187)