Alex-Mot-à-Mots

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Alex L., lectrice compulsive, presque anonyme.
Ayant une préférence pour les bons polars, mais aimant aussi les autres genres (sauf la SF, pitié....)

5 avril 2022

dictature

Imaginez que vous habitez sur une île dont les chats disparaissent. Cela vous interroge, mais sans plus.
Et puis une brigade arrive et vous vente les mérites du chien, rebaptisé « chat » : un compagnon fidèle qui gardera votre maison et vous aidera à aller vers les autres.
Et même si vous n’en voulez pas, la brigade se chargera de vous imposer un « chat » avec laisse.
Vous l’aurez compris, dans cette lecture on peut remplacer chien et chat par : smartphone, réseaux sociaux, voiture….. bref, tout ce dont nous n’avons pas forcément besoin mais qui nous est devenu indispensable.
J’ai aimé le narrateur qui est une personne comme une autre, qui ne veut pas spécialement de ces nouveaux « chats », mais qui n’a pas le choix.
Une lecture qui fait réfléchir sur nos priorités.
Quelques citations :
Ensuite, y’a que le vent et la mer qui forcent les choses. Le temps aussi. Les hommes, ça ne se forcent pas, ça se tient par la main. (p.42)
Les dirigeants avaient vite compris que pour asservir les gens aujourd’hui, il ne fallait plus la force, il fallait créer le manque et le besoin. (p.62)
Ils nous les prenaient parce qu’ils avaient mis des mots sur des besoins qui n’étaient pas les nôtres. (p.93)
L’image que je retiendrai :
Celle du gardien de phare, comme une vigie sur l’île.

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5 avril 2022

guerre

L’auteur part du roman jamais terminé de BALZAC, finalement intitulé Les paysans, qui devait s’intituler Qui terre a, guerre a.
Il s’appuie également sur le film Jeremiah Johnson Sydney POLLACK.
Pourquoi un tel grand écart de temps (un film de 1972 et un roman de 1844) et de support ? Pour nous parler de la guerre, inévitable, toujours.
Ce livre se situe entre le roman et l’essai philosophique.
J’ai parfois eu un peu de mal à suivre l’auteur dans ses bonds historiques, mais j’ai surligné pleins de passages éclairants.
Un écrit qui raisonne tristement avec l’actualité, mais une lecture éclairante sur le besoin humain de faire la guerre.
Des citations :
Conclusion de Balzac : la fin de l’aristocratie, c’est la parcellisation des sols et l’appauvrissement assuré pour les nouveaux propriétaires.
A propos de l’agriculture moderne : Plutôt que de collectivisé au nom du peuple – cette entité humaine à qui ont promet tout et qui n’a droit à rien – on procède au regroupement des parcelles par rachat, spoliation ou concussion. Le regroupement n’est plus obtenu au nom de l’Etat mais par une entente entre possédants sous l’autorité d’une nouvelle aristocratie financière, portant haut l’étendard de grands groupes agro-industriels.
…mais il est possible aussi d’acheter les caméras – rachat en cours, sur le point d’être bouclé, car ce n’est pas avec l’espérance d’un bénéfice juteux que les hiérarques se partagent la presse te l’audiovisuel. Pour imposer la loi du silence rien de mieux que le tintamarre inepte des chaînes.
… l’agriculture n’est rien d’autre que la continuation de la guerre par d’autres moyens.
Car depuis sa victoire sur le règne animal, depuis qu’il s’est assuré la suprématie terrestre, l’homme n’a plus pour ennemi que son pareil, que son double. Plus d’incarnation supérieur devant qui se soumettre, s’incliner.
Voilà ce que c’est que d’avoir préféré le jour à la nuit. Avec la myriade d’étoiles on contentait tout le monde. Avec l’élection du soleil, c’est le dieu seul.
Je suis plus homme que toi, par quoi on s’octroie une parenté divine. Aton fils du Soleil et César descendant de Vénus.
L’image que je retiendrai :
Celle souvent répétée de la bande jaune du pantalon de Jeremiah Johnson, résidu de la vie d’en bas, celle des hommes qui se font la guerre et que Jeremiah a fuit.

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5 avril 2022

enquête, Portugal

Un nouveau venu dans la maison d’édition que j’affectionne : Miguel SZYMANSKI qui, comme son nom l’indique, est portugais.
Son personnage principal est, comme lui, un ancien journaliste. Marcelo Silva était correspondant en Allemagne mais, désabusé, se retrouve à la tête de la Brigade Financière du Portugal.
Nous le suivons à travers les rues de Lisbonne dans cette première enquête qui concerne une banque reconnue, la BVG, dont le parton a mystérieusement disparu.
Si j’ai eu un peu de mal au début du récit avec les changements de personnages (chaque chapitre correspond à une journée, et nous suivons plusieurs personnages pendant cette journée), je dois avouer que j’ai fini par aimer ces changements d’atmosphères.
Si, comme moi, vous n’y connaissez rien en haute finance, je peux vous rassurer : vous ne serez pas perdu dans les méandres de ce polar portugais.
J’ai découvert les jacarandas, ces arbres tropicaux aux magnifiques couleurs lilas.
J’ai découvert la crise qui a touché le pays qui avait choisi de « s’endetter jusqu’à la moelle pour éviter la faillite des banques. »
J’ai aimé Margarida, une vielle amie de Marcelo qui vit dans le luxe et semble détachée de tout.
J’ai été effrayé de découvrir jusqu’à quel niveau de l’administration d’un Etat les banquiers pouvaient obtenir ce qu’ils voulaient.
Un roman passionnant et sans doute sur les banques, leur toute-puissance, et les hommes qui sont à leur tête. Bien en-deçà de la réalité, comme le souligne l’auteur en fin d’ouvrage.
Un polar meilleur qu’un thriller.
L’image que je retiendrai :
Celle des vêtements amples et baskets que Marcelo est obligé de troqué contre des costumes pour se fondre dans le paysage.

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Charlotte Bourlard

Inculte-Dernière Marge

13,90
5 avril 2022

fin de vie

Un premier roman magistral très noir et pourtant si humain.
Une jeune femme en rupture avec sa famille et la société s’installe chez un couple d’anciens croque-morts pour y apprendre la taxidermie. Derrière leurs airs angéliques, la narratrice et la vieille madame Martin empoisonnent leur prochain – animal ou humain – pour parfaire leur pratique.
Leur but : effectuer, chacune à sa manière, une sortie en beauté.
J’ai aimé suivre dans une espèce de brouillard les deux femmes : pourquoi font-elles ce qu’elles font d’un commun accord ? Un accord oral a-t-il eu lieu loin du lecteur ? Où procèdent-elles tacitement ?
L’auteure nous promène dans un ancien funérarium à 3 étages, chaque étage dévolu à une tâche particulière.
Nous nous promenons également dans le quartier délabré de cette ville Belge : toxicomanes, érotomane, mais aussi joggeurs et animaux.
J’ai été moins passionnée par les descriptions des techniques.
J’ai aimé cette ambiance de non-dits ou la vieillesse est omniprésente : sa décrépitude, son attente de la mort.
J’ai aimé les leitmotivs du récit : les grosses veines en relief de la vieille dame ; la musique classique toujours présente.
J’ai aimé l’humour des personnages : la vieille dame qui garde son mari près d’elle dans le lit conjugal et qui visite l’amante de son mari dans un mouroir.
L’image que je retiendrai :
Celle des sirops contre la toux que la jeune fille achète au marché noir avec d’autres comprimés pour calmer les douleurs de la vieille dame, et planer un peu.

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Frederic Paulin

Manufacture de livres

18,90
5 avril 2022

capitalisme

Si, comme moi, vous aimez manger de la viande ou de la charcuterie, ce roman ne vous en dégoutera pas, mais vous fera réfléchir sur « la filière viande » française actuelle.
Comme d’habitude avec Frédéric Paulin, pas de grands discours, mais des faits, et surtout un éclairage sur les coulisses pas toujours très propres du capitalisme.
J’ai aimé suivre tour à tour les différents protagonistes de cette histoire : la jeune fille idéaliste qui tombe amoureuse d’un antispéciste ; le chargé d’enquête en fin de carrière qui prend sous son aile une quo-équipière battue par son mari rigoriste religieux ; le flic ripoux qui aide tout de même ses collègues ; et le mystérieux Monsieur X, appelé Personne.
J’ai suivi avec intérêt ces militants un peu désorganisés, persuadés d’être infiltrés par la police.
J’ai découvert Peter Singer et sa Bible La Libération Animale.
J’ai souris lorsque l’auteur évoque le Sommet de Gênes dont il parlera dans un roman suivant.
Une lecture éclairante et documenté sur les abattoirs français et leur recherche du profit.
Une citation :
Et c’est toujours à coup de poings que les hommes tentent de faire correspondre la réalité à leur folie. (p.69)
L’image que je retiendrai :
Celle du grand chien blanc qui apparait parfois aux yeux de certains protagonistes.

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