Librairie coiffard

À la ligne, Feuillets d'usine

Feuillets d'usine

La Table Ronde

18,00
par (Libraire)
27 février 2019

Conseillé par Lyonel

La littérature comme ligne d’horizon, voilà le geste fou de Joseph Ponthus. Formellement, ce premier livre en forme de bateau ivre fourmille de constellations poétiques. Mais on aurait tort de ne voir l’originalité de ce texte que par sa structure rigide de vers libres. C’est aussi la restitution de ces voix d’ombres, de ces personnages oubliés qui s’épuisent dans les corridors interminables des usines. On y voit et entend: la folie, la bêtise crasse, la beauté des gestes, l’absurde et des brindilles de vies pas encore complètement consumées. Joseph Ponthus brode ces portraits comme Apollinaire brodait ses lettres d’amour sur le champ de bataille - entre quelques balles sifflantes.
C’est violent et cru, c’est drôle et terriblement humain. On rencontre les ombrages de Charles Peguy, de Cendrars; on se remémore le crachat lumineux de Louis Calaferte et son Septentrion. Toujours, même dans les territoires opaques et portés de désillusions, pousse le germe fragile mais définitif de la littérature. Les carcasses des bêtes découpées prolifèrent comme les phrases et ce chant Homérique déroule jusqu’au vertige. Le verbe est une forme de résistance face à ces actions - répétées et absurdes. Ponthus livre également, plus secrètement, un joli tableau d’un amour conjugal qui le fait tenir, qui le fait rêver parmi les cadavres. Ce jeune homme a réussi a transformer la boue en or, voilà tout.

On va revoir les étoiles

Sérot, Emmanuel

Philippe Rey

17,00
par (Libraire)
7 février 2019

Conseillé par Stéphanie

Vous souvenez-vous de cette énigme du Sphinx posée à Oedipe?
"Quel être, pourvu d’une seule voix, a d’abord quatre jambes le matin, puis deux jambes le midi, et trois jambes le soir?"
Il se trouve qu'Œdipe trouva la solution : il s’agissait de l’homme. De fait, lorsqu’il est enfant, il a quatre jambes, car il se déplace à quatre pattes ; adulte, il marche sur deux jambes ; quand il est vieux, il a trois jambes, lorsqu’il s’appuie sur son bâton. »

C'est de vieillesse et d'enfance, de souvenirs un peu nostalgiques et de joies simples puisées dans la réalité de la vie dont il est question dans ce récit tendre et délicat. Emmanuel Sérot s'empare d'un sujet universel : celui d'un homme qui, au mitan de sa vie, jette un regard en arrière sur ces matins que furent l'enfance, tout en observant le crépuscule envahir doucement ses parents.
Un jour, Emmanuel Sérot doit faire le choix douloureux mais nécessaire de placer ses propres parents en EHPAD. Au fil de ses visites, il nous convie à partager ce chemin sans jamais tomber dans le pathos. Une grande lumière se dégage de ce texte émouvant, délicat et finalement presque réconfortant. Et sachez-le, cette flamme qui éclaire tout : c'est celle de l'Amour.

Louis II de Bavière, Le trône et la folie

Le trône et la folie

Fayard

24,00
par (Libraire)
31 janvier 2019

Conseillé par Stéphanie

Louis II de Bavière, le Mäckenkönig : le roi de légende, est devenu un mythe auréolé de mystère.
De manière fouillée, Catherine Decours s'est attelée à dresser "le portrait d'un homme qui vaut infiniment mieux que sa légende" (Frédéric de Monicault /extrait d'un article du Figaro).
Comment ce prince au port altier et au regard clair est-il devenu ce roi gros, bouffi, paranoïaque, qu'on retrouva mort aux bord des eaux sombres du lac de Starnberg, le corps de son psychiatre à ses côtés?
"Le seul vrai roi de ce siècle", disait Verlaine, le roi fou, le roi wagnerien.
Catherine Decours s'empare de l'époque, des dernières recherches historiques et de l'homme avec beaucoup de talent et de justesse.

Les livres de Jakob ou Le grand voyage à travers sept frontières, cinq langues, trois grandes religi
par (Libraire)
13 décembre 2018

Conseillé par Stéphanie

Ce livre est fou!
Ce livre est fou parce qu'il est énorme, parce qu'il met en scène une foule invraisemblable de personnages avec des noms difficiles à retenir pour le néophyte, parce qu'il nous fait prendre la route entre la Pologne et la Turquie, que le lecteur passe d'une culture à une autre, d'une religion à une autre.
Ce livre est fou!
Mais ce livre est génial au sens premier du terme : il tient du génie! Historique, littéraire, narratif.
Olga Tokarczuk s'est inspirée d'un personnage qui a réellement existé. Cet homme à la vie résolument romanesque s'appelait Jakob Frank. Il fut l'initiateur d'un mouvement sectaire juif anti-talmudiste au XVIIIème siècle en Pologne. Nouveau Messie pour certains, charlatan pour d'autres, il jeta un grand trouble à l'époque, en Pologne et dans l'actuelle Lithuanie mais aussi en Autriche, en Roumanie, en Turquie ...
Pourquoi? Parce qu'en 1757, il se fit baptiser avec son entourage proche dans la cathédrale de Lvov (Lviv en Ukraine aujourd'hui) et que les parrains et marraines des nouveaux convertis étaient tous d'éminents aristocrates ou des membres hauts placés du clergé. Des milliers d'autres juifs suivirent le mouvement.
Il faut accepter de se laisser perdre, ne pas être effrayé par la masse d'informations et d'érudition déployées par Olga Tokarczuk mais les personnages vous attrapent et les paysages magnifiquement décrits vous happent.
Un roman fascinant et inclassable!

Simple
17,50
par (Libraire)
29 novembre 2018

Conseillé par Stéphanie et Célia

"Entendre ton rire qui lézarde les murs" ... "Entendre ton rire comme on entend la mer" ... chantait Renaud dans Mistral Gagnant.
Le rire d'Antoine Orsini s'est éteint.
"Antoine Orsini est mort et le soleil n'y est pour rien" écrit Julie Estève. De toute façon personne ne l'a jamais appelé Antoine ; c'était le baoul, le pouilleux, le bouffeur de mouches, le putois, le mongol, "il y a tellement de mots sales dans la langue française pour causer de moi" nous confie-t-il.
Anto est l'idiot du village et c'est sa voix que le lecteur va entendre, la voix d'un homme que certains ne considèrent pas comme tel, un homme qui a été accusé du meurtre de la jeune Florence Biancarelli il y a vingt-neuf ans. Depuis, Anto a purgé une peine de quinze ans de prison.
De retour au village, il vit dans une bicoque dans laquelle s'entassent des objets de toutes sortes accumulés au fil du temps.
Et c'est bien le fil du temps que va dérouler "le baoul" en s'adressant à une chaise en plastique cassée sauvée in extremis de la benne à ordures. C'est à elle qu'il raconte son histoire par des flash-backs qui nous replongent dans les années 80 et au coeur de l'Homme et la violence du monde. Un grand coup de coeur.