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Enseigner la vérité à l'école?, Quels enjeux ?
EAN13
9782200346348
ISBN
978-2-200-34634-8
Éditeur
Armand Colin
Date de publication
Collection
DEBATS D'ECOLE
Nombre de pages
160
Dimensions
20 x 14 cm
Poids
191 g
Langue
français
Code dewey
370
Fiches UNIMARC
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Enseigner la vérité à l'école?

Quels enjeux ?

De

Armand Colin

Debats D'Ecole

Offres

Conception de couverture : Atelier Didier Thimonier

Conception de maquette intérieure : Dominique Guillaumin

© Armand Colin, Paris, 2007

Internet : http://www.armand-colin.com

Armand ColinÉditeur• 21, rue du Montparnasse• 75006 PARIS

9782200279035 – 1re publication

Avec le soutien du

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dirigée par Dominique Borne et Benoit FalaizeDans la même collection

Bonafoux Corinne, De Cock-Pierrepont Laurence, Falaize Benoit, Mémoires et histoire à l'école de la République, 2007.

Borne Dominique et Willaime Jean-Paul (sous la dir. de), Enseigner les faits religieux, 2007.

Bossy Jean-François, Enseigner la Shoah à l'âge démocratique, 2007.Rêver : que la beautéSoit vérité, la mêmeÉvidence, un enfantQui avance, étonné, sous une treille.Il se dresse et, heureuxDe tant de lumière,Tend sa main pour saisirLa grappe rouge

Yves Bonnefoy,

Les Planches courbes,

Mercure de France, 2001.

Chapitre 1Rhétorique et raison : la vérité chez les Grecs

Notre premier détour, il vaudrait mieux dire notre première recherche de la construction de la vérité comme fondement et finalité de tout enseignement, passe par Athènes et plus précisément par l'Athènes classique des Ve et IVe siècles. Pourquoi ? Parce que là s'invente, alors que s'installe la démocratie, une vision nouvelle du monde que Jean-Pierre Vernant et Pierre Vidal-Naquet ont tenté d'éclairer comme un passage du mytheà la raison. Et même si l'on peut penser, avec Paul Veyne, que l'on ne se débarrasse jamais des mythes, ce moment a coïncidé avec les premières réussites de la pensée rationnelle et savante de l'Occident. En effet, aborder successivement les sophistes et Platon – et donc retrouver dans ses dialogues les reflets de la parole de Socrate – c'est réfléchir d'abord à l'invention de la rhétorique et à la construction rationnelle du logos puis se demander, avec Platon, s'il faut dépasser (réellement ou formellement) l'efficacité simplement technique du discours pour rechercher à atteindre les vraies valeurs du beau, du juste, du vrai. Passer de la lecture des Histoires d'Hérodote à l'examen de La Guerre du Péloponnèse de Thucydide, qui est contemporain des sophistes, est-ce assister à la naissance de l'histoire, est-ce passer d'un récit qui juxtapose sans grande rigueur les observations vérifiées et les « on raconte » des mythes à une analyse qui vise le vrai et l'intelligible ? Ajoutons enfin que ce moment est aussi celui où l'on peut percevoir les premiers signes d'une organisation de la transmission de connaissances d'un maître à des élèves. Henri-Irénée Marrou se plaisait à voir dans les sophistes les premiers représentants des professeurs de l'enseignement supérieur.DES SOPHISTES A PLATON

Que sait-on des sophistes ? Spécialistes itinérants, ils sont pour la quasi-totalité d'entre eux étrangers à la cité d'Athènes : Pro-tagoras est d'Abdère, Gorgias de Sicile, Hippias d'Élis. Seul Antiphon est né à Athènes. Le plus âgé d'entre eux, Protago-ras, est sans doute né vers 490/480 ; ils sont tous en activité dans la deuxième moitié du Ve siècle. Ce sont des contemporains de Socrate. Socrate est d'ailleurs le nom que porte un grotesque sophiste dans Les Nuées d'Aristophane. Leur pensée est d'autant plus difficile à saisir que leurs ouvrages ne subsistent que par fragments isolés, ou sous forme de citations, et que notre connaissance de leur pensée repose essentiellement sur les dialogues que Platon leur a consacrés. Nous appréhendons les sophistes à travers le plus talentueux de leurs ennemis. Écoutons Socrate évoquer Protagoras (Ménon, 91 d-e) : « Je connais un homme – Protagoras – qui, avec sa science s'est fait plus d'argent que Phidias avec les superbes monuments qu'il a construits... Protagoras a corrompu ceux qui suivaient ses leçons en les renvoyant pires qu'il ne les prenait... » Et dans le Protagoras (349, a) Socrate lui dit : « Tu te fais annoncer sur la place publique... Tu prends le nom de sophiste, tu te déclares maître d'éducation et de vertu et tu es le premier à avoir jugé bon d'en tirer salaire. » Que les sophistes soient des hommes d'argent, des professionnels qui tirent bénéfice de l'exercice de leur art, a frappé tous les contemporains : « Celui qui a gagné le plus d'argent parmi les sophistes... est Gorgias » dit Isocrate (Sur l'échange, 155). Gorgias, si riche et si glorieux que, quelques siècles plus tard, Cicéron rappelait qu'il « fut le seul à Delphes à avoir droit à une statue en or massif » (De l'orateur, III, XXXII, 129).

Quel est le contenu de l'enseignement des sophistes ? Diogène Laërce résume ainsi l'œuvre de Protagoras :

« Il fut le premier à affirmer que sur chaque chose il y avait deux discours possibles. Il mettait ce principe en pratique dans les interrogatoires dialectiques, ce que personne n'avait fait avant lui. Un de ses livres débute ainsi : "L'homme est la mesure de toute chose..." Un autre de ses livres commence ainsi : "Touchant les dieux je ne suis pas en mesure de savoir s'ils existent." Et quand Socrate dans son dialogue avec Gorgias cherche à définir avec lui la nature et les finalités de son activité, ils s'accordent pour l'appeler rhétorique : le discours est construit pour persuader. Dès lors, conclut Socrate, "la rhétorique est productrice d'une persuasion qui est de l'ordre de la créance et non de l'enseignement sur le juste et l'injuste". »

(Gorgias, 455, a).

De Protagoras nos sources mentionnent un traité de la vérité, qui ne nous est pas parvenu. Sextus Empiricus l'a peut-être consulté. Protagoras d'Abdère a été rangé, lui aussi, par certains auteurs, dans le chœur des philosophes qui ont détruit le critère de la vérité : il affirme, en effet, que toutes les représentations et les opinions sont vraies, et que la vérité est de l'ordre du relatif puisque tout ce qui est l'objet de représentation ou d'opinion pour quelqu'un est immédiatement doté d'une existence relative à lui. Ce fragment (Contre les mathématiciens, VII, 60) est un commentaire de la fameuse formule « L'homme est la mesure de toute chose ». D'ailleurs un texte, dont on ne connaît pas l'auteur avec certitude, « Les Doubles dits », qui date de la fin du Ve siècle, juxtapose systématiquement, sur un même sujet, deux affirmations contraires : la finalité de cet exercice rhétorique formel permet de montrer que l'on peut dire tout et le contraire de tout.

On comprend ainsi la mauvaise réputation des sophistes. Il faut cependant nuancer la sévérité de la condamnation. Les sophistes enseignent une technique de persuasion : ils apprennent l'art de convaincre. Cette finalité les conduit nécessairement à la pratique du doute méthodique ; l'agnosticisme professé par Protagoras concernant les dieux est caractéristique de cette attitude. Dans le cheminement qui conduit du mythe vers la raison, ils sont donc un maillon essentiel. L'enseignement, en France, a été d'ailleurs influencé par ce modèle : la science de la construction du discours, l'art rhétorique en somme, est souvent considéré comme plus important que le contenu de ce discours. L'introduction récente, dans les programmes de nombreuses disciplines, de l'apprentissage de l'argumentation est caractéristique de cette tendance. On sait l'importance de la dissertation et la rigueur de construction qu'elle appelle aussi bien en lettres qu'en histoire ou en philosophie. Très récemment, l'affrontement des vérités, sous la forme du débat argumenté a même été officiellement introduit, au lycée, avec la création d'un enseignement d'éducation civique, juridique et sociale. Ce nouvel enseignement est présenté comme le moyen d'apprendre la démocratie aux futurs citoyens. Opposer les contraires, refuser les vérités révélées, argumenter en raison, n'est-ce pas initier au débat démocratique ? Nous reviendrons sur ces traductions scolaires de la sophistique, qui témoignent de l'influence persistante sur la longue durée des rhéteurs, agents de la modernité et de la démocratie dans la Grèce du Ve siècle.

Platon avait une trentaine d'années à la mort de son maître Socrate en 399, il appartient donc à une autre génération que celle des sophistes, mais ses préoccupations majeures sont dir...
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