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Interdit aux moins de 18 ans, Morale, sexe et violence au cinéma
EAN13
9782200346294
ISBN
978-2-200-34629-4
Éditeur
Armand Colin
Date de publication
Collection
DD.CINEMA
Nombre de pages
256
Dimensions
23,5 x 15 cm
Poids
362 g
Langue
français
Code dewey
791.43
Fiches UNIMARC
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Interdit aux moins de 18 ans

Morale, sexe et violence au cinéma

De

Armand Colin

Dd.Cinema

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Introduction : éthique et rage de voir, le gouffre aux chimères?>003Chuck (Kirk Douglas) dans Le Gouffre aux chimèresLe Gouffre aux chimères est le titre français d'un film que Billy Wilder réalisa en 1951, juste après Sunset Boulevard. Le personnage principal en est Chuck Tatum, un journaliste sans scrupules qui, pour faire durer un scoop le plus longtemps possible, retarde le sauvetage d'un mineur bloqué par un éboulement. Dégager tout de suite ce malheureux garçon ? Pourquoi se hâter, alors que faire assembler un gigantesque treuil va transformer l'accident en show multimédia d'ampleur nationale.– Je traite les nouvelles, les petites comme les grandes, avait prévenu Chuck au début du film. Et s'il n'y a pas de nouvelles, je descends dans la rue mordre un chien.Parce qu'il est intelligent, Chuck comprend progressivement que ses manœuvres vont faire de lui un meurtrier. Effectivement, le grand treuil est spectaculaire, très photogénique devant les caméras, mais il est si compliqué à manier que le mineur va finir par mourir. À mesure que le film avance et répète ce premier plan, nous voyons Chuck passer de la curiosité à l'espoir, puis de la crainte à la terreur.004Le Gouffre aux chimères (suite).Une seule chose demeure inchangée dans ces photogrammes, la rage de voir. Qu'il contemple la promesse du bonheur professionnel ou les prémices de la honte (notons le poing fermé en lieu et place de la main tendue, dans l'image de droite), Chuck est invariablement magnétisé par le spectacle. Certes, il a des excuses. Tout le monde adore voir, en tout cas c'est ainsi que débute la Métaphysique d'Aristote, promouvant le « luminocentrisme » cher à l'Occident : « Tous les hommes désirent naturellement savoir ; ce qui le montre, c'est le plaisir causé par les sensations, car, en dehors même de leur utilité, elles nous plaisent par elles-mêmes, et, plus que toutes les autres, les sensations visuelles. » Le spectacle au fond de la mine n'est pas des plus réjouissants ; quelqu'un se meurt, les membres écrasés. Mais il est fascinant. La difficulté d'accès semble même ajouter à son charme, au sens magique du terme – il faut ramper, éclairer, scruter, compléter les parties encore plongées dans l'obscurité.Pour un livre qui se propose de passer en revue quelques-uns des liens qui peuvent se tisser entre scènes spectaculaires et considérations morales, pareille situation a d'entrée quelque chose d'intéressant : médiatisation de la souffrance visible, soif de sensationnel, culpabilité... Les connotations sexuelles du titre – surtout celles du titre original, Ace in the Hole– renvoient de surcroît à une caractéristique usuelle des films pornographiques : la velléité endoscopique (l'adjectif est emprunté au domaine de l'imagerie médicale ; les sympathisants de la psychanalyse préfèrent parler de Schaulust et autres « pulsions scopiques »). Dans ces films, de temps à autre, la caméra semble en effet se substituer au sexe masculin avec pour nouvelle fonction d'aller regarder à l'intérieur du sexe féminin. En exagérant un peu – mais on exagère toujours en interprétant des images – on peut même affirmer que l'anfractuosité par laquelle Kirk Douglas passe la tête a quelque chose des abords d'un sexe féminin. Et bien sûr il n'y a rien à voir, ou tout au moins rien de plus que ce qui se trouve là. Chuck a beau se figurer dans ce spectacle la promesse d'une vie réussie il n'y trouvera rien qui l'empêche de revenir à la situation qui était la sienne avant de passer la tête. De même l'intoxiqué de vidéo porno a-t-il beau regarder encore et encore, les caméras endoscopiques high tech les plus intrusives ne le transforment qu'en apprenti-sage-femme abandonné à lui-même ; et le fan de cinéma d'horreur, entrer dans la chair torturée plein champ, lui non plus n'a rien de plus à contempler, s'il est sincère avec lui-même, que l'hémoglobine gargouillante. Comme le confirme Linda Williams, l'une des spécialistes mondiales du cinéma porno, la « vérité » que les films X prétendent atteindre est une chimère (elle emploie le mot p. 268 de son best-seller Hard Core), car la connaissance et le secret tant désirés, si tant est que l'on peut les qualifier ainsi, résident dans la relation à l'autre, pas dans l'endoscopie.
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