2, Chroniques du marais qui pue Tome II : La grotte du dragon, T.2 : La Grotte du dragon
EAN13
9782745917904
ISBN
978-2-7459-1790-4
Éditeur
Milan
Date de publication
Collection
Milan poche Hors-collection (2)
Séries
Chroniques du marais qui pue (2)
Nombre de pages
160
Dimensions
19 x 13 x 1 cm
Poids
200 g
Langue
français
Langue d'origine
anglais
Code dewey
804
Fiches UNIMARC
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2 - Chroniques du marais qui pue Tome II : La grotte du dragon

T.2 : La Grotte du dragon

De ,

Milan

Milan poche Hors-collection

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La Chasse à l'ogre
L'Abominable docteur Câlinou

Traduit de l'anglais
par Amélie Sarn

Titre original : Muddle Earth
Book two : Here be Dragons
Text and illustrations copyright © Paul Stewart
and Chris Riddell 2003
First published in United Kingdom
by Macmillan Children's books, LondonPour l'édition française :
© 2005, Éditions Milan, 300 rue Léon-Joulin,
31101 Toulouse Cedex 9, France
Loi 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunessewww.editionsmilan.com
© 2014, Éditions Milan, pour la version numérique
ISBN : 978-2-7459-7360-3

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Pour Anna et Jack

005Prologue

Le marais était plongé dans l'obscurité. Tout était immobile. Les trois lunes, la violette, la jaune et la verte, brillaient dans le ciel sans nuage. Elles diffusaient leur lumière, comme des spots de couleur, éclairant les arbres et le Lac enchanté. Ce dernier flottait dans les airs et se déversait en cascade dans la rivière. Les lunes faisaient également scintiller une armée de couteaux, fourchettes et autres louches, alignée à l'entrée d'une grande caverne.

Toutes sortes de couteaux – à dents, à beurre, à viande, et même des hachoirs – étaient disposés par ordre de taille sur la gauche. À droite, se tenaient les cuillers : cuillers de bébés, cuillers à soupe, cuillers à glace, cuillers à thé ou à café. Entre les deux, on trouvait tout le reste : fourchettes, fouets, spatules, râpes, brochettes, tranche-œuf, presse-ail, casse-noix...006

Ils attendaient. Mais quoi ? Eux-mêmes ne le savaient pas. Une rumeur prétendait qu'une cuiller à café manquait à l'appel et que l'opération ne pourrait commencer sans elle. Mais l'agitation gagnait les rangs ; les fourchettes sautillaient, les cuillers se bousculaient, les couteaux à viande – qu'on évitait en général d'agacer – donnaient des coups à droite, à gauche et cherchaient la bagarre – sauf avec les hachoirs, bien entendu –, le tranche-œuf se balançait impatiemment.

Quand est-ce que ça allait commencer ?

À un moment, une pince à sucre se fraya un passage et grimpa sur un caillou – qui était pour elle un véritable rocher. Les trois lunes lui donnaient un aspect gai et coloré. Elle frappa trois coups sur son caillou sans que personne, sauf le tranche-œuf, ne la remarque. Elle frappa encore. Plus fort, cette fois.

Deux cuillers chuchotèrent : « Chut. » Un groupe de couteaux à fromage coupèrent net leur conversation et se tournèrent vers la pince à sucre.

Un par un, les couverts firent silence. Au bout de quelques minutes, on aurait pu entendre un cure-dent éternuer.

D'ailleurs, un cure-dent éternua et tout le monde l'entendit. Il se redressa en s'excusant.

La pince à sucre frappa sur le caillou une nouvelle fois et leva une de ses pinces en l'air comme une baguette de chef d'orchestre. Quand elle fut enfin certaine que tous lui prêtaient attention, elle donna le rythme.

Les couverts s'y mirent aussitôt et, bientôt, un cliquetis régulier et mélodieux se fit entendre, cliquetis qui monta crescendo.

Au moment où la musique allait atteindre son apogée, un autre son s'y mêla. Un son sourd et grave qui fit trembler la terre. Il venait de l'entrée de la caverne.

La pince à sucre encouragea les couverts à jouer plus fort.

Une volute de fumée, colorée par les lunes, s'échappa de la caverne. Elle sinua, s'envola et s'évanouit. Mais une nouvelle volute la suivit. Le grondement se fit plus fort.

L'opération allait commencer.007

Le ciel s'éclaircit. Les lunes se couchèrent et le soleil se leva sur le Marais qui pue. Au château du baron Cornu, le baron Cornu lui-même faisait les cent pas dans sa grande salle de réception en marmonnant dans sa moustache. Il descendit l'escalier et se rendit dans son jardin.

– Où est-elle... Où peut-elle bien être ? Si je... Ouch ! qu'est-ce que c'est ?

– C'est moi, messire, répondit une petite voix. Benson.

Le baron regarda à ses pieds. Un gobelin affublé d'un nez énorme – un des jardiniers du château – était étalé sur le sol. Il venait de foncer dans le baron.

– Eh bien, Benson, faites un peu attention où vous allez !

Le gobelin se redressa et épousseta ses habits.

– Pardonnez-moi, messire. Je donnais la dernière touche à l'organisation...

Le baron jeta un coup d'œil sceptique autour de lui : les tables n'étaient pas dressées, les tentes pas montées et des gobelins couraient dans tous les sens en se cognant les uns dans les autres. C'était le chaos. Pour une dernière touche...

Il tira la manche de Benson.

– Peu importe. Benson, l'avez-vous vue ?

– Qui ? demanda Benson.

– Pas « qui », crétin ! s'énerva le baron. Quoi ! La pince à sucre de la baronne ! Le jardinier secoua lentement la tête.

– Non, messire, vous m'en voyez navré. Le baron soupira.

– Elle a dû disparaître avec les autres, reprit le jardinier.

– Les autres ? Quelles autres ? rugit le baron.

– Tous les couverts. Je n'en trouve aucun. Il n'y a plus un couteau dans tout le château, plus une cuiller... plus même un cure-dent.

Le baron pâlit.

– Vous n'êtes pas en train de me dire que...

Il s'étrangla.

– Ils n'ont quand même pas... reste-t-il au moins des couteaux à beurre ? Dites-moi qu'il reste des couteaux à beurre !

– Non.

– Des cuillers à dessert ?

– Pas une seule.

– Et des...

– Il n'y a plus rien, messire. Plus un couteau, plus une fourchette, plus la moindre louche. Plus rien. Tout a disparu sans laisser de trace.

– Mais c'est un complot ! tonna le baron.

Il se tut un instant.

– Que va dire Ingrid ? Elle est déjà dans tous ses états à cause de la pince à sucre ! « Je ne peux donner une fête sans pince à sucre ! » C'est mot pour mot ce qu'elle pleurnichait tout à l'heure. Comment va-t-elle réagir en découvrant que tous les couverts ont disparu ?

À cet instant, un craquement se fit entendre derrière eux. Benson et le baron se retournèrent. Deux gobelins venaient d'entrer violemment en collision.

– Désolé, dit l'un d'eux en se frottant la tête.

– C'est entièrement ma faute, répondit l'autre, je ne regardais pas où j'allais.

Autour d'eux, s'étalaient des crayons, des brindilles et des cartes. Le baron se pencha et ramassa un crayon.

– Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda-t-il.

– Un crayon, messire, répondit un des gobelins.

– Je vois que c'est un crayon ! jappa le baron. Je veux savoir ce que ça fait ici !

– C'est une idée de la cuisinière, expliqua l'autre gobelin. Elle utilise une épée pour couper le pain et une règle pour étaler le beurre. Les crayons, c'est pour mélanger le sucre dans le thé.

Le baron grogna.

Benson ramassa une brindille taillée.

– Ça c'est mon idée à moi, déclara-t-il fièrement.

Le baron n'eut pas l'air impressionné.

– C'est une pique à sucre ! expliqua Benson. Les pinces sont totalement démodées. Avec une pique comme celle-ci, on peut...

Le baron se prit la tête dans les mains.

– C'est une catastrophe, gémit-il. Une calamité ! Ingrid va être furieuse. Elle ne voudra plus jamais m'adresser la parole.

Il s'arrêta et réfléchit.

– Quoique, finalement, c'est peut-être une bonne nouvelle...

Il vit une carte à jouer à ses pieds. Il la ramassa.

– Et ça, c'est pour quoi faire ?

– C'est une carte à jouer, répondit un des gobelins.

– C'est pour... ajouta l'autre, pour... jouer aux cartes !

Le visage du baron devint rose, puis rouge, et enfin écarlate. Benson intervint, de peur que son employeur n'explose.

– Des jeux ont été prévus dans les tentes, se hâta-t-il d'expliquer en montrant un chapiteau vert, coincé entre deux stands.

– Pour vos jeunes invités, continua-t-il. J'ai pensé à toutes sortes de passe-temps amusants : « la queue du cochonnet rose puant », « la chasse à la grenouille péteuse », « les vers de terre à musique », « la crêpe volante »...

– Très bien, très bien, l'interrompit le baron. C'est parfait !

Il tourna les talons.

– Je dois informer Ingrid. Elle ne va pas aimer ça du tout... Ouch ! Ah non, pas encore !

Un individu venait de lui foncer dessus.

– Vous ne pouvez pas regarder où vous allez ! grogna le baron.

– Désolé, désolé, s'excusa une voix étouffée.

Le baron regarda la grande silhouette encapuchonnée.

– Je ne vous avais pas vu, messire baron. Vous devriez faire attention avec cette brindil...
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