C'est secret ce que j'écris

David Vanadia, Arnaud Tiercelin

L Initiale

  • C'est un petit album qui raconte l'histoire d'un bonhomme haut comme trois pommes. Sur la première de couverture, un oeil nous invite à partager un secret. On entre dans l'album comme l'oeil à travers le trou d'une serrure. Sur la première double page, des yeux en nombre où le champ chromatique permet l'identification par le langage des différentes nuances de bleu pour autant de mots cailloux et d'émotions. Le petit bonhomme a reçu un petit carnet de la part de son papa. Dans sa tête, les mots cailloux se bousculent. Les mots les plus féroces. Ce sont des mots qui griffent parfois les autres. Alors, le petit carnet sera le réceptacle des mots, du trop plein de mots qu'il ne comprend pas, qu'il ne maîtrise pas. C'est secret ce qu'il écrit. Parfois c'est plus fort que lui, il est méchant avec les autres. Cet album au format carré donne matière à rêver, à penser, à se poser des questions. Le texte et l'image jouent des rôles équivalents et pourtant différents. Ils sont complices, l'un dans ses finalités narratives et sa liberté poétique et la seconde dans son impact visuel et ses qualités suggestives. C'est un album très créatif où les illustrations de David Vanadia permettent à l'oeil de tracer des chemins pour la réflexion. L'oeil bleu sombre encombre en nombre le cerveau de l'enfant. A la fin de l'album, le bleu recouvre la double page. Ordinairement le bleu se constitue par la superposition de deux couleurs fondamentales, le cyan, qui retire les radiations de l'aire des rouges, et le magenta, qui retire les radiations de l'aire des verts. Le bleu, construit par soustraction est lumineux comme un ciel clair. Le petit carnet enferme chaque mauvais oeil bleu sombre, chaque mot caillou.
    Cet album au format carré permet l'énergie du jeu d'observation , le sérieux et la gravité du parcours intérieur de l'enfant différent, perçu comme agressif.

    Le carnet devient un trait d'union entre l'enfant et les autres.