Après le monde

Après le monde

Antoinette Rychner

Buchet-Chastel

  • par (Libraire)
    7 avril 2020

    Le titre est heureusement trompeur, car "Après le monde", il y a encore le monde, mais un autre monde. L’activité humaine moderne s’est arrêtée, la société thermo-industrielle est en faillite définitive. Il n’y a plus de banques,, plus d’assurances, plus d’extraction de pétrole, plus d’usines chimiques, plus d’agriculture productiviste, plus de médecine ni de chirurgie, plus de moyens de communication, plus de transports, plus d’État. Le climat est déréglé, des espèces animales et végétales disparaissent, des épidémies explosent, des gens meurent en nombre...
    Mais il y a encore un monde qu’un chant écrit au féminin pluriel raconte. Avec une précision et une justesse inquiétantes, il commence par le souvenir du monde d’avant. Puis il y a le récit du monde d’après raconté par deux femmes, des "bardesses", ou par d’autres femmes qui tentent de survivre dans une société qui se réinvente. Leur chant montre que tous les humains n’ont pas changé, qu’il reste de l’amitié, de l’accueil, de la solidarité, de l’amour, et aussi des haines raciales, de l’adversité, de luttes claniques. Tout ceci existe et pourtant tout a changé dans la façon de vivre, de nouer des relations, de constituer des communautés, de pratiquer la justice, car il faut survivre sur une planète devenue hostile qui, peut-on dire, se venge de nos maltraitances, de nos agressions à sa vie propre.
    Antoinette Rychner a puisé dans les théories de la collapsologie pour écrire ce texte angoissant qui est tout à la fois un essai, un thriller et un roman. Avec beaucoup de précision, une grande attention aux détails, aux sentiments, sans céder à l’optimisme et dans un style caustique, elle pose a question de la vérité de ses descriptions. Si le monde devait s’effondrer, comment nous conduirions-nous ? Deviendrions-nous plus humains ? Plus solidaires ? Plus respectueux de la nature ? Ou serions-nous violents, égoïstes ? Si le monde s’effondre, que laisserons-nous à nos enfants ? Est-il déjà trop tard pour éviter la casse ? pour la limiter ?

    Le roman Antoinette Rychner est un choc. Il laisse le lecteur entre espoir et frayeur. Un livre nécessaire alors que les questions climatiques et environnementales s’imposent de plus en plus.


  • par (Libraire)
    22 mars 2020

    Une vision vertigineuse, un vertige visionnaire

    Il est des romans qui percutent de plein fouet nos réalités immédiates. Paru en ce tout début d'année 2020, « Après le monde » d'Antoinette Rychner est de ceux-là. À la lumière de la pandémie qui frappe aujourd'hui, son anticipation visionnaire donne le vertige. La romancière imagine un monde pas si lointain où tout s'est effondré à la suite d'un enchainement d'épisodes climatiques et environnementaux qui ont déstabilisé l'économie mondiale, délité tous les États et bouleversé l'ensemble des sociétés. Il n'y a plus d'échanges globaux, plus de systèmes de communication, plus de production énergétique majeure... Antoinette Rychner nous invite à suivre ses personnages dans ce monde d'après, se déplaçant à pied à travers l'Europe, allant de rencontres en rencontres à la recherche d'un endroit où il serait possible de survivre et de vivre. Loin de nous entrainer dans une vision apocalyptique où l'hyper-violence et le chacun pour soi serait la règle, elle imagine au contraire un monde où des communautés villageoises solidaires mais fragiles tentent de se reconstruire et où chacun trouve son rôle et sa place pour soi-même et pour les autres. Avec beaucoup de finesse et sensibilité, l'autrice représente un quotidien jusqu'alors inimaginable, sans hôpitaux, sans médicament, sans voiture. À l'heure d'une pandémie virale qui met à l'arrêt nos sociétés, ce roman visionnaire est à glisser entre toutes les mains. C'est un roman choc écrit avec beaucoup de délicatesse, de beauté et de finesse, magnifiquement construit, scandé par d'intermittentes mélopées homériques, ces chants de mémoire qui nous rappellent ce que fut le monde et ce que nous en avons fait. Vertigineux comme le rebord du monde sur lequel nous nous tenons aujourd'hui et lumineux comme une luciole.


  • par (Libraire)
    14 janvier 2020

    Effondrement et renouveau

    Profondément marquée par la lecture de Comment tout peut s’effondrer, de Pablo Servigne et Raphaël Stevens (Seuil, 2015) – elle parle elle-même de « claque » et de « deuil » ̶ Antoinette Rychner a ressenti le besoin de s’emparer du sujet du « collapse », de réagir, par les moyens qu’elle connaissait, c’est-à-dire l’écriture ! Autrice suisse de pièces de théâtre et d’un premier roman, elle renoue avec la forme romanesque pour transformer une matière brute, scientifique, et en tirer un réel texte littéraire, particulièrement bien construit et à l’écriture ciselée, reserrée et poignante !
    En 2049, il ne reste plus grand-chose de la société telle que nous la connaissons. L’effondrement de 2023 a tout ravagé : un cyclone détruit la côte ouest des États-Unis, le système financier américain fait faillite, entraînant dans sa chute le reste du monde, il n’y a plus de sources d’énergies, plus de communications, les catastrophes climatiques et les épidémies s’enchaînent… Dans ce contexte, qui relève davantage de l’anticipation que de la science-fiction, nous rencontrons Barbara et Delphine, deux amies qui tentent de conserver une trace des événements, une mémoire d’abord écrite sur des feuillets, puis scandée, racontée, « un chant pour se souvenir ». Elles ont perdu beaucoup et cherchent un endroit pour s’établir et « redémarrer »… Les personnages féminins qu’elles croisent sont nombreux, et bientôt, se sont ces femmes qui racontent leur existence. Mais comment reconstruire ? Comment vivre de nouveau ensemble quand la violence et la bêtise humaine s’infiltrent partout ? Il est question d’entraide, d’agriculture, d’organisation sociale, de médecine, de justice, de politique et surtout de ces récits qui nous aident à survivre et qui nous survivent, pour les générations futures !
    Roman de l’effondrement et du renouveau, Après le monde est un texte percutant, à la fois sensible et violent, qui laisse plus que songeur : et nous, que ferions-nous si ça arrivait ? Incontournable !