Le joueur d'échecs

Le joueur d'échecs

Stefan Zweig

Robert Laffont

  • 30 septembre 2019

    La présence du champion du monde d'échecs sur le paquebot qui les emporte vers Buenos-Aires titille l'intérêt de certains passagers. Pourtant, Mirko Czentovic est loin d'avoir une personnalité attachante. L'homme est arrogant, rustre et stupide. S'il consent à participer aux parties organisées à bord, c'est à condition d'être payé et sans s'investir vraiment dans un jeu qu'il survole de sa supériorité. Mais quand Monsieur B. entre dans la partie, le vent tourne. Czentovic est battu par l'aristocrate autrichien discret et modeste. Touché dans sa fierté de champion, il engage une lutte à mort contre celui qui oppose à sa force brutale, un jeu subtil, raffiné et réfléchi. Et c'est à son corps défendant que Monsieur B. riposte, frénétique, calcule plusieurs coups d'avance, se tient au bord du précipice d'une folie dans laquelle il est déjà tombé par le passé.

    En peu de pages, Stefan Zweig réussit le tour de force de nous brosser le portrait de deux personnages que tout oppose. Czentovic, d'origine modeste, peu éduqué, doué pour les échecs par un de ces curieux hasards de la vie, sauvé de la pauvreté grâce à son don. Monsieur B., aristocrate, cultivé, lui aussi sauvé par les échecs, sa seule consolation lorsqu'il est arrêté par la Gestapo, enfermé seul dans une chambre d'hôtel avec pour seule compagnie un livre de stratégie qu'il a réussi à dérober. Mais les échecs ont failli causer sa perte. À force de ne jouer que des parties théoriques contre lui-même, il a sombré dans une forme de schizophrénie, une folie furieuse restée tapie au fond de lui.
    Assimilant le rude et orgueilleux champion au régime nazi, Zweig l'oppose à un homme qui tente coûte que coûte de conserver sa dignité et son humanité.
    Un classique à lire mais pas un coup de cœur.